Conversations d’été

"Le tableau", huile sur toile, 2013

« Le tableau », huile sur toile, 2013

L’été a une influence sur les gens : tout le monde devient terriblement actif. L’on voyage, visite, et si l’on ne peut pas le faire, du moins on projette. On échafaude des projets de voyages ou des travaux, des entreprises étranges auxquelles personne n’aurait songé dans la grisaille des novembres. C’est sans doute cette magie du soleil et de la chaleur. Chez moi c’est aussi une survivance de l’enfance, renforcée par l’enfance de mes enfants : les vacances. Une période magique de rupture avec la routine. Une pause de deux mois qui paraît d’autant plus longue qu’on est jeune. En général, on ne s’en débarrasse jamais.

Je me demande, par exemple, si telle chose s’est passée cette année, ou l’année dernière – en fait, c’est aux années scolaires que je pense. Si quelque chose s’est passé au mois de mars, c’était l’année dernière, mais un événement du mois d’octobre est de cette année – parce qu’il y a eu des vacances. Évidemment, la date conventionnelle du premier janvier ne sépare rien, pas plus qu’elle ne commence ou ne finit. Le danger de ce calendrier centré sur l’été est précisément dans cet état d’agréable suspension : une pause de deux mois dans la vie réelle qui ne recommencera qu’avec l’arrivée de l’automne.

Du coup, je n’ai pas de mal à trouver des forces pour un barbecue chez des connaissances, le soir du vendredi, pour ratisser ma pelouse, partit quelques jours, ou passer la nuit à discuter avec une amie que je n’ai pas vue depuis longtemps, mais pour finir un article je manque de temps et d’énergie. Même à la maison, je me mets plus facilement à laver les fenêtres (parce que c’est presque à l’extérieur) qu’à ranger les armoires (parce que cela peut attendre les pluies).

Je ne dois pas être la seule à fonctionner ainsi, à juger par le peu des mails des amis, le peu d’activité sur Facebook ou encore le fait qu’il est plus facile de rencontrer quelqu’un qui vit loin qu’un voisin : celui qui habite à deux rues de distance préférera passer une soirée à quelques ou quelques centaines de kilomètres, plutôt que dans sa ville.

Quelque chose nous pousse ou porte en cette saison, plus que dans n’importe quelle autre.

Ce quelque chose a poussé jusqu’à chez moi des amis venus de très loin et de moins loin, des connaissances plus proches et plus vagues, et même des gens qui ne sont devenus des connaissances que maintenant. Et c’est très bien : j’ai une curiosité inépuisable pour les gens et leurs vies et j’aime recevoir des visiteurs. Comme cet été je n’avais aucun voyage en perspective, leurs séjours étaient pour moi des substituts des départs. Et les conversations – aussi différentes que les gens qui sont passés. Sur les enfants, les écoles, le travail, l’argent, mais aussi les livres, films, musique. Bien sûr, nous discutions des environs – un coin de Picardie très beau mais encore largement ignoré des touristes – des tableaux et des galeries. Mes tableaux étaient exposés dans le salon-galerie, et se prêtaient bien à devenir le sujet des conversations et objet des appréciations et critiques. Les tableaux sont évidemment inséparables de la manière de peindre, du choix des thèmes, et de leur réception. Cette dernière ne cesse de me surprendre.

Masha, que je n’avais pas vue depuis environ trois ans, a passé en revue les tableaux accrochés aux murs, parcouru rapidement ceux posés contre le mus, puis a soupiré avec compassion :

-Tu as changé.

Puis, elle a éclaté de rire en voyant La femme d’un certain âge, accrochée au-dessus de la cheminée. Eh bien, nous avons le même âge et il nous est arrivé deux-trois choses dans nos vies. L’éclat de rire est pour ce tableau une réaction méritée, mais peu fréquente. C’est à la vue de ce tableau qu’une dame s’est sentie offensée : Je ne suis pas comme ça !. Les femmes réagissent souvent par un sourire en coin, un haussement des épaules ostentatoire, un gonflement des lèvres. Les hommes sourient aussi, mais autrement – compréhension ? Acceptation ? En tout cas, sans agression.

Huile sur toile déchirée et encadrement, dos en contreplaqué; 90 x50 cm l'encadrement compris, 2013

Huile sur toile déchirée et encadrement, dos en contreplaqué; 90 x50 cm l’encadrement compris, 2013

Dans les dernières semaines du printemps, j’ai fini Le tableau. J’y ai travaillé longtemps et avec des interruptions. J’étais mécontente de la pose de la peinture, de la texture obtenue, ou des tons. Pas tous, mais malgré tout une bonne partie des spectateurs s’efforce d’y voir quelque chose. C’est peut-être une vitre cassée ? Et si on l’accrochait à l’horizontale, ce seraient des montagnes ? Ou la ligne de l’horizon au-dessus de la mer ? J’ai même entendu quelqu’un qui y a vu le sein d’une femme.

Et toujours ce besoin d’explication – mais qu’est-ce que c’est, au juste ? Mais de quoi s’agit-il ? Pourquoi est-ce comme ça ? Pourquoi aussi triste ?

-Il faut que ce soit joli, dit, un peu cyniquement, au dessus d’un verre de vin, une connaissance qui tenait pendant quelques années une galerie à Varsovie, avec un certain succès.

-Et il faut des couleurs chaudes. Ce qui se vendait le mieux, c’étaient des danseuses de flamenco.

-Pourquoi des danseuses de flamenco, pour l’amour du ciel ?

J’étais quelque peu déconcertée par cette opinion ferme mais surprenante, émanant, tout de même, d’une professionnelle.

-Parce qu’elles sont jolies – répondit Anna, d’un ton assuré, considérant apparemment que tout a été expliqué.

C’est bien cela. Il faut que ce soit joli, clair et limpide – qu’il n’y ait pas besoin de réfléchir, ni rien ressentir de troublant. Pour ne pas inquiéter, en pas provoquer, ne pas énerver. Et, bien sûr, pas de grands formats – c’est pas pratique.

Sauf pour les danseuses de flamenco. Les danseuses de flamenco peuvent venir en grand format : du joli, il n’y en a jamais trop.

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Dans la lumière du colza

"Départementale 922 - printemps", acrylique et huile sur toile, 38x46 cm, 2013

« Départementale 922 – printemps », acrylique et huile sur toile, 38×46 cm, 2013

Une autre saison est passée, aux limites plutôt floues cette année, et mon tronçon préféré de la D922 a montré un nouveau visage. On dirait que cette route, comme tracée à la règle à travers les champs, est faite pour l’observation des changements des couleurs et des lumières. Rien ne distrait de l’observation, rien ne détourne l’attention.

Les bleus et les gris du ciel font émerger de la trame des champs tout un éventail de couleurs et des tons. Même le blanc en a des milliers.

Le printemps – c’est le colza. Avant l’explosion du jaune criant, les premières pousses vert céladon sont apparues dans le brun de la terre tournant au violet. Ensuit, il y eut de plus en plus de ce vert céladon et il virait de plus en plus au jaune. Jusqu’au jour où le colza a explosé, si bien que même le jour le plus nuageux de ce printemps nuageux les étendues de colza brillaient de leur propre lumière. Et puisque les champs s’étendent jusqu’à l’horizon – même les couleurs du ciel en subissent l’étrange influence. Il devient violacé, rose, bleu – et reste dans une gamme qui plairait aux amateurs du kitch ou aux producteurs des publicités des ressorts de bord de mer (avec une piscine dans chaque hôtel et une ombrelle dans le verre à côté de chacun des mille transats).

Je ne suis pas sûre d’avoir réussi à bien rendre cette folie du colza. Comme d’habitude, quelque chose manque à ma satisfaction. De temps en temps, j’ajoutais un peu de violet ou de carmin… Heureusement, l’année prochaine, le colza fleurira à nouveau et je pourrais affronter une autre fois le problème du jaune fluorescent.

La D922 offre sans doute quelque chose à l’été, mais le hasard de ces dernières semaines ne m’a pas fait reprendre ma départementale préférée. Et, à vrai dire, l’été est un peu éteint, un peu terne, contrairement à l’idée répandue que c’est maintenant que tout fleurit et les couleurs explosent. Pour moi, l’été est d’un vert un peu fatigué, d’une fatigue de l’âge adulte. Le gloussement de la surprise du printemps me manque. Le vert printanier fait « coucou ! » en sautant de l’abîme gris de l’hiver, celui de l’été est une conséquence élaborée – ce n’est pas du tout la même chose. Il faut donc que je regarde bien ce qui se passe entre le ciel et la terre entre Betz et Nanteuil-le-Haudoin. Il y aura peut-être un quatrième tableau de la série D922 ?

Pour le moment, je me dépêche pour finir un large tableau sur contreplaqué que je voudrais accrocher dans la chambre d’amis. Juste après le 20 juillet vient pour la première fois à La Ferté mon amie Masha, et j’ai décidé de peindre notre jardin spécialement pour elle. J’ai aménagé la chambre d’amis tout en haut, à côté du grenier, ce qui garantit aux visiteurs la tranquillité, loin de la vie qui se concentre au rez-de-chaussée. Il est vrai que la salle des bains la plus proche est à l’étage inférieur, mais c’est un prix peu élevé pour l’intimité. Et de réclamez pas une salle des bains spéciale pour les amis alors que la nôtre ne cesse de réclamer des travaux : la douche fuit, la cuvette des toilettes doit être remplacée, le placard ne se ferme pas, la serrure étant couverte de plusieurs générations de peinture ; sans oublier l’état du radiateur et les lacunes inquiétantes dans l’isolation du mus derrière lui.

Alors, au boulot. Je promets de montrer le jardin de La Ferté fini, mais quelques journées de travail sont encore devant moi. D’autant plus qu’avec les changements de temps, ma conception du tableau change aussi. J’ai utilisé beaucoup de vert pour le fond, mais au fond, je n’aime pas le vert, et ce n’était pas le vert que je voulais montrer. Comme a dit, en visitant notre exposition à l’église Notre-Dame, madame Michèle Neveux (l’auteur de belles aquarelles que j’avais montrées après l’exposition des peintres amateurs à l’MJC de La Ferté-Milon), « les fleurs sont belles en elles-mêmes, à quoi bon les peindre ? » J’espère que je réussirais à montrer notre rapport à ce jardin, à cette maison, et à nos amis. Je l’appellerai peut-être Bienvenue ?

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Mes débuts au cinéma

Je n’ai pas publié depuis un moment, mais je ne suis pas restée inactive. Pour le moment, je rattrape ce que j’aurais dû avoir déjà fait – d’autant plus que j’avais annoncé un article sur la visite du groupe d’élèves et leur projet de film sur les artistes actifs dans le coin. Le projet a abouti, et a été une vraie réussite – il fallait vraiment que j’en parle.

Du coup, le nouveau tableau ainsi que le retour de Bruxelles de mon fils (qui a ramené ses travaux de l’année) devront attendre le prochain billet.

Plus d’un mois et demi s’est écoulé depuis l’exposition à l’église Notre-Dame, mais je continue à en voir des retombées.

Ce qu’une exposition a de plus intéressant, c’est peut-être qu’elle permet de rencontrer des gens. J’ai déjà dû évoquer madame Françoise Sculfort, l’institutrice, qui est venue nous voir dès le jour du vernissage.

Le 21 mai – par une matinée pluvieuse de mardi, la dernière matinée de l’exposition, elle est revenue, accompagnée de sa classe et de Luc Baudonnière, cameraman et réalisateur qui travaille depuis 2000 avec l’équipe de C’est pas sorcier. Comme prévu, le groupe était équipé d’une caméra, des microphones et des éclairages : les enfants n’étaient pas là seulement pour voir les tableaux et pour poser des questions, mais aussi pour tourner une partie de leur film. Il s’agit d’un programme annuel, pas le premier mené par Mme Sculfort, dont le sujet était les artistes de La Ferté-Milon. Les enfants préparaient la documentation, interviewaient les artistes qui vivent à La Ferté, pour aboutir à la réalisation d’un film d’une demi-heure environ.

"Fenêtre IV" (huile sur toile de grand format, 2012), suspendu sur un système de poulies, cachant le poste télé

« Fenêtre IV » (huile sur toile de grand format, 2012), suspendu sur un système de poulies, cachant le poste télé

Nous avons pris rendez-vous pour le vendredi suivant. L’exposition était finie, j’avais eu un peu de temps pour me préparer à accueillir l’équipe, un peu plus restreinte, dans le salon prévu pour être une sorte de galerie. C’est Tatiana qui était chargée d’interviewer Madame Prokopek, et elle semblait encore plus nerveuse que moi. Les questions préparées et notées sur une feuille sont très vite passées à la trappe – Tatiana a dû apprendre sur le tas à adapter le plan de l’interview à l’interlocuteur. Pour en avoir fait l’expérience, je sais que la chose n’est pas toujours facile, mais la jeune reporter s’en est tirée à merveille. Pendant ce temps, les garçons qui travaillaient sous la direction de Luc au son et à l’éclairage avaient d’autres problèmes à résoudre : les fenêtres de la pièce (atelier-galerie) donnent sur une rue plutôt abritée, si bien que la pièce n’est pas très lumineuse. De plus, la journée était plutôt sombre – comme elles étaient à peu près toutes ce mois de mai ! – et même après avoir allumé toutes les ampoules nous manquions de lumière. Il a fallu multiplier des astuces et jouer sur les temps de pose pour obtenir quelque chose, tout en reprenant le son, ce qui n’était pas non plus facile faute de place.

L’important, c’est que tout le monde se soit pourtant bien amusé. J’oubliais tout mon français, à mesure de l’entretien je perdais l’usage des mots que je connais très bien et temps normal, plus que d’habitude je confondais les temps et omettais les articles ; les manches de mon pull élimé s’entremêlaient et envahissaient le cadre lorsque je voulais, d’un geste nonchalant, montrer l’une de mes récentes productions. A la fin, après le départ des enfants, je me suis aperçu que sur le devant de mon gilet j’avais une tache de peinture, bien visible et très peu pittoresque. Mais qu’importe tout cela – d’autant plus que je ne doutais pas que Luc, avec son expérience, allait trouver une manière de monter le film.

Le tout a pris environ trois heures. En partant, Françoise a promis que j’allais recevoir une invitation à la projection du film achevé.

C’est ainsi que, il y a quelques jours, lorsque je devais aller à mon rendez-vous médical, j’ai entendu la sonnette. Devant la porte se tenait toute la classe de Françoise Sculfort, et une petite fille m’a solennellement remis une invitation pour Jeudi, 27 juin à 18 heures, Cinéma Jean Racine.

L'invitation à la projection du film

L’invitation à la projection du film

Après la projection

D’habitude j’évite le ton exalté, mais je trouve vraiment que le film n’avait pas de défauts. Avec un vrai plaisir (et pas seulement parce que j’y apparaissais à un moment !), j’ai regardé un documentaire complet sur le bourg que j’habite, fait par les enfants qui y vivent. Grâce à la collaboration entre Françoise et Luc, le film est très correct sur le fond, il arrive à donner au spectateur un minimum de connaissances sur La Ferté-Milon et une image flatteuse de l’activité artistique dans une petite localité picarde. Le tout est accompagné de belles images, d’une musique bien choisie et de commentaire concis (c’est l’exigence du genre), mais efficace. Les élèves ont dû apprendre énormément sur l’histoire et la géographie du coin, mais aussi sur l’art et sur la technique de prise de vue ou du son. Le tout à travers le film, un domaine évidemment proche et attractif pour les enfants.

Si l’on cherche un contenu de promotion pour La Ferté-Milon, difficile de trouver mieux. Si l’on cherche à susciter chez ces gosses un attachement à leur village – difficile de faire mieux. Après tout, ils ont vu de leurs propres yeux qu’il se passe ici des choses intéressantes et que des gens étranges et intéressants (de plus, connus, en tout cas reconnus) y travaillent. L’on ne trouverait pas non plus de meilleure façon de les convaincre que l’école peut être intéressante et moderne, et le travail scolaire peut être autre chose qu’une obligation triste et pénible. Par la même occasion, ils ont vu que l’art ne renvoie pas nécessairement aux parquets bien cirés des musées, aux impossibles à retenir dates des vies des grands maîtres et aux cadres dorés. Ils ont vu Arlette Feltrin faire ses mosaïques, ils ont vu l’impressionnant atelier de Bernard Mélois, que l’on n’appelle sculpteur que par commodité, puisque ses œuvres échappent aux classifications. Certes, ils ont aussi vu mon salon en plein désordre, avec la peinture mélangée sur une assiette fendue et les tableaux accrochés ou posés un peu partout – dans une simple maison, dans une rue comme une autre, dans leur bourg.

Élèves de l'école primaire à l'exposition.

Élèves de l’école primaire à l’exposition. Au centre, Mme Sculfort, l’institutrice; la petite fille à gauche est Tatiana qui m’a interviewée

Évidemment, ce qu’il vaudrait mieux, c’est que vous voyiez le film vous-mêmes. Dès que j’aurai le disque, le mettrai sur le blog : le résultat de ce travail de quelques mois vaut vraiment le détour. Et j’attends avec l’impatience la suite annoncée – puisque les enfants ont trouvé bien plus d’artistes vivant et travaillant à La Ferté que les trois présentés dans ce premier film. J’ai pris le à suivre très au sérieux.

Et je suis tout à fait d’accord avec tous les commentaires qui me pressent à perdre du poids et me mettre sérieusement au français !

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C’est fini!

Maintenant, au calme, mais en reprenant les notes prises sur le vif, je peux finir la relation de l’exposition.

Dimanche

Le temps s’est stabilisé, aucune amélioration n’est prévue. Il pleut des cordes et il fait froid. Dans l’église, l’air est humide et la température est telle qu’on aperçoit de la buée lorsqu’on parle. Christophe allume toutes les lampes, moi, je m’occupe des bougies. Au moins, on a l’impression qu’il fait plus chaud. L’exposition y gagne, puisque, par contraste avec la grisaille environnante, l’intérieur de l’église semble plus accueillant et plus chaleureux. Malgré la pluie, les visiteurs ne manquent pas. Il y a toujours des touristes qui, après avoir vu nos affichent, profitent de cette occasion de voir l’intérieur de l’église. Les habitants arrivent en groupes, en amenant des connaissances venues leur rendre visite ou des familles qui passent le week-end de la pentecôte à la campagne.

Le paravent, doublé de ce mannequin retravaillé (sans titre, pour l'instant) suscitait pas mal d'intérêt

Le paravent, doublé de ce mannequin retravaillé (sans titre, pour l’instant) suscitait pas mal d’intérêt

Dans notre boite verte, quelques pièces de monnaie s’entrechoquent, nous arrivons même à apercevoir à travers le trou un billet de dix euros.

Lundi

Il pleut. Alex prévoit très peu de mouvement. Après tout, c’est le dernier jour du week-end, demain, le travail et les cours reprennent ; avec un temps pareil, personne ne voudrait sortir de chez soi. Heureusement, elle a tort. Les visiteurs sont peut-être moins nombreux qu’hier, mais pour ce bourg certes très beau, mais quand même petit, on ne peut pas se plaindre de la fréquentation. Nous comptons une trentaine de personnes dans la matinée, et même à l’heure du déjeuner quelques touristes trempés par la pluie arrivent.

Ce qui me fait le plus plaisir, c’est de voir des gens qui reviennent à l’exposition, en amenant des amis.

"Suivez-moi", huile sur toile de grand format, désormais achevée, en situation d'exposition.

« Suivez-moi », huile sur toile de grand format, désormais achevée, en situation d’exposition.

Les tableaux de Christophe suscitent pas mal d’intérêt. Il est surpris – pas moi. Après tout, je n’aurais pas insisté pour qu’il expose si je ne trouvais pas qu’il était bon !

Mardi

Dernier jour, si bien que dans l’après-midi, le démontage de l’exposition et le ménage nous attendent. En ce qui concerne les visiteurs, les premiers et plus importants de la journée sont les enfants de l’école primaire de La Ferté. L’institutrice – qui était passée le premier jour de l’exposition, pour préparer le terrain – mène un très intéressant programme sur les artistes qui travaillent à La Ferté-Milon et ses environs. Les enfants sont accompagnés par un cameraman professionnel ; ils apprennent à tourner des films, posent énormément de questions, sont d’une énergie débordante, bruyants et adorables. Peu avant midi, les enfants disparaissent dans les averses de pluie, et nous recevons encore trois ou quatre visiteurs. Parmi eux, une dame très sympathique qui vient une deuxième fois. Elle voulait se promener entre les tableaux dans le calme, regarder et se reposer.

Les institutrices de La Ferté-Milon à l'exposition

Les institutrices de La Ferté-Milon à l’exposition

Vers treize heures, nous commençons peu à peu à démonter des éléments. Nous avions promis de ramener les panneaux blancs à l’MJC pour quatorze heures trente. Il faut les remonter au dernier étage du bâtiment…

Christophe et Lubek partent avec les panneaux, tandis que moi et Alex restons sur place et assemblons tout près de la porte : des tableaux, des lampes, des câbles…

Les messieurs rentrent contents : ils ont certes un peu mal au dos, mais M. Blandeau leur a proposé du café, donc ils ont pu avoir un peu de repos.

Les constructions en bambou de Lubek son légères, donc le démontage ne pose pas de problèmes. Vers quinze heures, Carole Goldie arrive, essoufflée, pour enlever ses délicats travaux en porcelaine. Le tout déborde presque de sa petite voiture blanche. Elle redoute un moment de devoir rentrer chez elle la tête passée à travers un cadre de bois, mais après quelques tentatives de plus nous trouvons une solution moins extravagante : le cadre dépasse du coffre mal fermé.

Détail de nos installations en bambou. Les tableaux accrochés sont le "Vieux monsieur..." et la série "3-Polis", vendue.

Détail de nos installations en bambou. Les tableaux accrochés sont le « Vieux monsieur… » et la série « 3-Polis », vendue.

Walter Feltrin viendrait chercher ses mosaïques le soir, en revenant du travail, nous allons donc nous reposer un peu à la maison. Nous rapporterons la clé de l’église à la mairie le lendemain matin, et nous trouverons par la même occasion une manière de leur passer l’argent collecté.

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Toujours sur le pont: après le vernissage

L’exposition n’est pas encore finie, puisque nous restons encore là demain matin, si bien que j’ai un peu de mal à tout raconter en détail; je manque et de temps, et d’énergie. Mais je prends des notes: les voici, quasi brutes, à peine traduites.

Je me rends compte qu’il manque dans ces remarques quelques moments parmi les plus importants de ces journées, mais c’est le propre de ce genre de notes brutes. J’y reviendrais dès que j’aurai retrouvé le souffle. 

Mes notes prises sur le vif

Mes notes prises sur le vif

Vendredi

Christophe s’occupe de l’électricité. Il installe l’éclairage et tout ce qu’il faut pour un discret fond sonore.

Lubek (mon mari) installe le long de la nef une construction en bambous qui devra porter les tableaux.

Structure en bambou supportant les tableaux, une construction de mon mari. Les deux enfants regardent des tableaux de Christophe martin, plus près, les deux "Départementales 922"

Structure en bambou supportant les tableaux, une construction de mon mari. Les deux enfants regardent des tableaux de Christophe martin, plus près, les deux « Départementales 922 »

Moi, je dispose les panneaux métalliques, blancs, prêtés par M. Gilles Blandeau, le directeur de l’MJC de La Ferté-Milon. Tout le monde a mal aux bras et au dos. Nous sommes fatigués et nous avons faim.

L’après-midi, après son atelier, arrive Mme Carole Goldie pour installer ses compositions de panneaux de porcelaine ajourés qui, suspendus à des cadres de bois, laissent jouer la lumière. Ce n’est que dans la soirée que M. Feltrin, bien fatigué après une journée de travail, apporte trois de ses imposantes mosaïques.

Les travaux de Carole Goldie

Les travaux de Carole Goldie

Les trois mosaïques de Walter Feltrin à l'église de La Ferté-Milon

Les trois mosaïques de Walter Feltrin à l’église de La Ferté-Milon

Reste à mettre les bougies dans les chandeliers en pierre, inventés et fabriqués par mon mari.

Charlotte Noël, qui fait ses études à Paris, dans une école spécialisée dans la bande dessinée et le manga, et qui vit à La Ferté-Milon, nous rejoint au dernier moment et décide d’exposer cinq de ses travaux.

Trois des cinq tableaux de Charlotte Noël ("Cha"), sur fond noir, sur le présentoir prêté par le MJC

Trois des cinq tableaux de Charlotte Noël (« Cha »), sur fond noir, sur le présentoir prêté par le MJC

Charlotte Noël, notre plus jeune exposante

Charlotte Noël, notre plus jeune exposante

Vers 22h, nous fermons l’église.

Samedi

En allant à l’église Notre-Dame, j’installe quelques panneaux aux carrefours. Christophe est déjà là. Nous ouvrons les grilles et les portes de l’église…

Mes notes prises sur le vif

Mes notes prises sur le vif

Surprise – un instant seulement plus tard, les premiers visiteurs arrivent. Deux dames avec des enfants semblent contentes, elles jettent même quelques pièces dans notre tirelire pour la rénovation de l’édifice. Cela continue sans arrêt, jusqu’au soir. Il y a des habitants des environs mais aussi des touristes, y compris des touristes étrangers (quelques Néerlandais, des Britanniques).

Les visiteurs à l'exposition

Les visiteurs à l’exposition

Alex Martin interrompt la conversation avec des visiteurs de ses connaissances qu’elle avait invités pour préparer le buffet du vernissage. Nous déployons la tente qui sert d’habitude à mon mari lorsqu’il participe à des reconstitutions médiévales. Plus on s’approche des dix-huit heures, plus il y a de monde. Les gens entrent dans l’église, visitent l’exposition, s’éparpillent…. Alex trouve l’idée de proposer un verre de champagne à ceux qui sortent. De cette façon, nous réussissons enfin à rassembler tout le monde sur la petite terrasse devant l’église. Je savais que je n’allais pas oser prendre la parole pour accueillir les visiteurs, j’ai donc écrit quelques mots (en polonais), que Skarbimir a traduits en français (correct). Je me suis forcée à commencer, puis, en m’excusant de mon accent horrible, j’ai passé la feuille à mon fils. C’était un peu malaisé, mais au moins tout le monde a compris ce que je voulais dire.

Le discours d'accueil. Mon fils, Skarbimir, parle, derrière lui, Christophe Martin, et moi-même, à droite de l'image

Le discours d’accueil. Mon fils, Skarbimir, parle, derrière lui, Christophe Martin, et moi-même, à droite de l’image

Il semblerait que tout le monde était content. Les derniers visiteurs partent peu après vingt et une heures. Alex peut enfin respirer. Tout s’est très bien passé, et même le temps, bien que pas terrible, ne nous a pas gêné.

La tente médiévale déployée devant l'église de La Ferté-Milon pour abriter le buffet du vernissage

La tente médiévale déployée devant l’église de La Ferté-Milon pour abriter le buffet du vernissage

Après le premier jour de l’exposition, il est encore trop tôt pour tenter un bilan, mais il me semble bien que l’idée a bien plu.

Les visiteurs de l'exposition

Les visiteurs de l’exposition

Les conversations du soir du vernissage montrent que l’utilisation de l’espace d’un monument ancien pour exposer de l’art contemporain est bien accepté. Et il y a toujours un peu d’étonnement qu’en pleine Picardie il se passe autant de choses en matière de l’art.

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Dans le feu de l’action: notre exposition d’art contemporain à la Ferté Milon!

Mon projet fou d’exposition d’art contemporain dans une église, que dis-je, d’art contemporain dans une église qui n’est quasiment jamais ouverte au public, a enfin commencé!

Comme prévu, l’installation a eu lieu vendredi, et le vernissage était hier soir. D’ici à mardi, vous êtes évidemment les bienvenus si vous passez par la Picardie! (malgré la pluie).

Eglise Notre-Dame, La Ferté Milon, 19 mai 2013

Eglise Notre-Dame, La Ferté Milon, 19 mai 2013

Le projet initial de cette expo-vente, c’était de reverser une partie des bénéfices des ventes pour aider à la restauration de cette église. La petite boîte rouge que vous voyez sur la table en bas à droite, c’était la tirelire pour tous ceux qui voudraient verser leur contribution à l’église en petite monnaie. Toutes les participations sont bonnes à prendre! (je plaisante).

Eglise Notre-Dame, La Ferté Milon, 18 mai 2013

Eglise Notre-Dame, La Ferté Milon, 18 mai 2013

Le système d’éclairage ne se résumait pas à des bougies, bien sûr. Mais ce que vous voyez à gauche de la photo, est une fabrication de mon mari: un bout de colonne, quelques gros trous à la perceuse, des bougies fichées dedans, et, magie: on obtient un chandelier tout à fait original et contemporain!

Jeune guitariste dans l'église Notre-Dame, 18 mai 2013

Jeune guitariste dans l’église Notre-Dame, 18 mai 2013

Pour assurer l’ambiance, en plus des bougies et de la lumière tamisée, ce jeune homme a joué pour nous plusieurs heures d’affilée. C’était très agréable, et on se sentait presque aussi à l’aise qu’à la maison. Et pour nous sortir du Paco de Lucia comme ça, au débotté, je l’ai trouvé franchement épatant.

La plupart des enfants présents à l’exposition se sont sentis très à l’aise aussi.

Eglise Notre-Dame, 18 mai 2013

Eglise Notre-Dame, 18 mai 2013

La preuve. Ce petit garçon a bien profité de la configuration des lieux pour se distraire un peu. Mais ils étaient tous très mignons.

Eglise Notre-Dame, la Ferté-Milon, 18 mai 2013

Eglise Notre-Dame, la Ferté-Milon, 18 mai 2013

Mon fils Skarbimir était en mission commandée pour faire un petit reportage photo le soir du vernissage. Me voici donc, avec quelques visiteurs en arrière-plan.

Une de nos astuces pour suspendre les œuvres sans toucher aux murs ni au mobilier de l’église, dont je parlerai plus tard, a été des sortes d’échafaudages en bambou (fournis gracieusement par M. Feltrin), que vous voyez un peu sur cette photo.

Cha et le père Constant, église Notre-Dame, la Ferté-Milon, 18 mai 2013

Cha et le père Constant, église Notre-Dame, la Ferté-Milon, 18 mai 2013

En dernière minute, nous avons demandé à Cha, la petite amie de mon fils cadet, d’accrocher trois de ses toiles, que vous voyez au fond à gauche, les trois petites toiles sur fond noir. Et juste devant, j’ai le plaisir de vous présenter le père Constant, curé de la Ferté-Milon, sans l’aide de qui l’exposition n’aurait peut-être jamais pu avoir lieu dans cette église.

Et puisque j’en suis à faire un reportage sur le vif:

La suite au prochain numéro!

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Notre Dame, rue des Rats: l’église

Je parle de l’exposition en préparation, mais je viens de penser que je n’ai pas encore vraiment parlé du lieu de l’exposition, l’église Notre-Dame – pourtant, c’était le point de départ!

Comme l’église est fermée pendant tout l’hiver, puisqu’elle n’a pas de chauffage, et l’éclairage est capricieux, nous n’avons eu que rarement l’occasion de pénétrer à l’intérieur. Jusque là, nous avons visité l’édifice deux fois, en compagnie du curé, le père Constant Gninafon, mais il nous manquaient toujours les mesures précises.

La rue pavée menant à l'église

La rue pavée menant à l’église

Il y a deux jours, il a fallu s’attaquer à la question technique: il faut bien prévoir l’accrochage des tableaux. En plus du curé, de mon mari et de Christophe Martin, nous avons été accompagnés de mon fils, Skarbimir qui était rentré souffler un peu entre ses oraux blancs, et qui a pris quelques photos: raison de plus pour parler un peu de l’avancement des choses.

Cette fois-ci, nous avons prévu le décamètre et du papier, mais chacun avait d’autres idées en tête.

Moi et mon mari dans l'église

Moi et mon mari dans l’église

Mais tout le monde butait sur le même problème. Lors de la première visite, nous n’avons pas du tout fait attention au mobilier – pourtant, il est classé – de l’église. Nous avons distraitement vérifier les bancs du chœur, et pensé que les autres bancs étaient semblables. Maintenant, cela sautait aux yeux – à l’exception du chœur,  où de toute manière nous ne pouvons pas exposer, vu que l’église garde sa fonction sacrale, les bancs sont des constructions anciennes et lourdes, qu’il n’est pas question de déplacer.

Les bancs à l'église de La Ferté

Les bancs à l’église de La Ferté

Par conséquence, il nous faut trouver autre chose que des cordes d’acier passées entre les piliers qui séparent les nefs latérales de la nef centrale: les tableaux seraient ainsi suspendus au-dessus des bancs.

Il faut ajouter à cela une autre difficulté: l’église (si vous cliquez sur le lien au début de ce billets, vous le verrez très bien sur la photo de l’Union) est bâtie à flanc de colline, si bien que l’une des nefs latérales est nettement plus sombre que l’autre; elle est aussi plus basse.

Le côté éclairé de l'église

Le côté éclairé de l’église

Et c’est du côté éclairé que les bancs traversent la rangée de piliers…

Tout le monde se met à la réflexion, tout en se préoccupant des autres aspects.

Les bancs et la chaire de l'église

Les bancs et la chaire de l’église

Si je pense surtout à l’accrochage des tableaux, il faut aussi vérifier l’électricité – et l’installation est très ancienne, prendre des mesures, et faire des dessins suffisamment précis pour ne pas avoir à solliciter en permanence le curé.

Christophe Martin en train de mesurer l'allée centrale de l'église

Christophe Martin en train de mesurer l’allée centrale de l’église

Tout ce travail prend du temps. Mais je suis rassurée: avant même l’achèvement des esquisses, j’ai en tête quelques solutions.

Mon mari et moi en train d'improviser un plan de l'église

Mon mari et moi en train d’improviser un plan de l’église

A peine nos dessins sont complets, il faut y aller: le curé est pressé d’aller s’occuper de l’un de la dizaine de villages dont il s’occupe, et nous avons besoin de consulter les autres exposants.

La nef éclairée de l'église

La nef éclairée de l’église

Lorsque nous sortons de l’édifice, en repoussant la mousse qui s’accumule sur le seuil, un bruit attire mon attention. Derrière, un oiseau traverse la nef, puis se pose bruyamment sur la chaire.

La chaire de l'église

La chaire de l’église

Un pigeon vivant prend la place d’une colombe sculptée, avant de rester enfermée dans l’église encore à son désaffection hivernale.

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Notre Dame, rue des Rats

Mon projet fou de l’exposition d’art contemporain à La Ferté-Milon se précise!

Affiche de l'exposition à La Ferté-Milon

Affiche de l’exposition à La Ferté-Milon

J’en ai déjà un peu parlé, mais maintenant, non seulement j’ai du mal à perler d’autres chose – l’organisation est incroyablement prenante, si bien que j’ai à peine le temps pour tout le reste, y compris la préparation des articles sur le blog – mais aussi, j’ai enfin des éléments concrets.

Une autre affiche de l'exposition

Une autre affiche de l’exposition

Autant revenir au début de l’histoire. L’idée m’est venue cet hiver. J’avais déjà fait l’expérience de l’exposition au château du Colombier, à Saint-Malo, organisée entièrement par Marie Le Brenn: même si mes idées touchant à l’organisation ou l’agencement des tableaux en général ne marchaient pas, tellement ce que nous faisons est différents, j’avais observé pas mal de choses et de différences par rapport à ce que j’avais connu dans la mairie polonaise où j’ai à une époque travaillé. Ensuite, il y a eu l’exposition des amateurs, ici même. Avec tout cela, je commençais un peu à voir ce que je voulais faire.

Alors que j’étais déjà en train de transformer mon salon en galerie, en me disant qu’il faudrait marquer son ouverture par quelque manifestation, nous sommes allés un jour d’hiver nous promener.

L’église Notre-Dame suscitait depuis longtemps notre curiosité. Mon mari est historien, un de mes fils aussi, et ils étaient tous les deux tentés de voir cette église, très belle et plutôt grande, de l’intérieur. Nous ne l’avons vue que fermée: ce jour-là, un panneau annonçait des travaux de rénovation et une réfection de l’éclairage. Belle idée! Je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer cette église – vide, puisque le culte si tient dans l’autre église de La Ferté – comme un espace d’exposition. Et si c’était une bonne manière de lever des fonds pour la rénovation d’un édifice gothique?

Je me suis laissé expliquer que mon idée n’était peut-être pas si irréaliste que cela. Il fallait faire connaissance du curé – ce qui n’était pas difficile, puisque le presbytère est juste en face de chez moi. Finalement, l’accord de l’évêché n’était pas si difficile à obtenir.

En parallèle, l’idée commençait à intéresser des artistes qui travaillent dans les environs.

Le premier à qui nous avons parlé du projet, à part Marie, était Christophe Martin: une connaissance et presque voisin, celui qui avait acheté La ville Ça-je-l’aime. Christophe peint, et j’aime beaucoup ce qu’il fait, mais n’a jamais encore exposé. C’est une première occasion, et son enthousiasme est une grande aide dans l’organisation.

En discutant, nous nous sommes souvenus que, à La Ferté même, on voyait un atelier d’artiste, et un jardin orné de sculptures. Nous sommes allés voir – pour apprendre que nous avions pour voisins Arlette et Walter Feltrin,  des artistes mosaïstes. De plus, Walter Feltrin peint, et les deux étaient volontaires pour participer.

Les Journées des Métiers d’Art nous ont permis de rencontrer une autre artiste: en passant devant une magnifique maison que nous avions remarquée parce qu’elle contient des vestiges d’une église du Xe siècle, nous avons vu une discrète affiche. En suivant la flèche, nous avons fait connaissance de Mme Carole Goldie, potière, qui vit et travaille à La Ferté depuis longtemps déjà, et qui en plus anime des ateliers de poterie.

Désormais, les affiches sont prêtes et je suis en pleine campagne de presse. Notre exposition prend forme: six exposants, trois branches de l’art, et un magnifique intérieur d’église attendent.

Le dépliant de l'exposition

Le dépliant de l’exposition

Pour finir, un tableau qui est encore inachevé: cette grande toile a été conçue d’emblée pour cette exposition. Je savais qu’il fallait voir grand pour cet espace, et qu’il fallait des couleurs vives pour un intérieur sombre. Et puis, c’est une église Notre-Dame. Je n’ai jamais voulu faire de l’art religieux, mais impossible de ne pas penser à cette tradition-là, pour y puiser, mais en détournant. Or, toutes les Vierges auxquelles j’ai pu penser étaient représentées de face. Mais si je tournais la mienne ves le Ciel plutôt que vers le spectateur?

"Suivez-moi", tableau en cours de réalisation dans mon atelier, huile sur toile, 2013

« Suivez-moi », tableau en cours de réalisation dans mon atelier, huile sur toile, 2013

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Fond de tiroir

Je passe mes tableaux en revue, en vue de l’exposition que j’organise à La Ferté-Milon, et j’essaye de faire un premier tri pour choisir ceux que je voudrais montrer. Le début de l’exposition est prévu pour le 18 mai, ce qui fait que je n’ai plus beaucoup de temps, et encore une masse de travail. Il faut que je boucle les projets des affiches et des dépliants, et trois tableaux inachevés et au moins un à que j’ai à peine commencé à esquisser attendent leur tour.

En attendant, le tri des tableaux ressemble un peu au tri d’un tiroir – ce qu’on a prévu pour deux heures finit par occuper quelques jours, passés à relire de vieilles notes, des photos oubliées, des factures perdues et d’autres objets étranges qui avaient passé tranquillement de longs mois plantés dans ce tiroir sans éveiller le moindre intérêt.

Aujourd’hui j’ai revu par exemple des paysages, des vues de La Ferté – tes tableaux, des collages et autres travaux inspirés par les couleurs, les paysages et l’atmosphère du lieu, le tout faut déjà ici, donc pendant les dix-huit derniers mois. Deux collages faits avec de vieilles cartes postales, du papier emballage et des bouts des boîtes de chocolat sont nés de la première visite dans le grenier de la maison fraîchement acquise. C’était là que j’ai découvert tous ces trésors.

La Ferté

« La Ferté », collage, 2012

La Ferté

« La Ferté », collage, 2012

Une collection de vieilles cartes postales en noir et blanc de La Ferté-Milon attend toujours d’être exploitée, et j’ai bien sûr interrompu toutes mes activités en cours pour les revoir. Sur l’une, j’ai pu distinguer les contours des maisons au bord du canal de l’Ourcq et de la tour que j’ai peint à l’automne. Je me suis donc mise à comparer mon tableau avec la photo ancienne. Elle est prise depuis un point de vue légèrement différent, les maisons ont changé, le flou de la photo monochrome et des sortes de coulées dont elle est maculée empêchent de bien voir les détails ; de plus, mon tableau déforme la perspective et intensifie les couleurs. Mes études comparatives n’ont rien donné, et le large paysage de La Ferté, peint sur un panneau de porte, attend toujours la décision : l’exposer ou non ?

Peinture à l'huile sur bois (panneau de porte), 2013

Peinture à l’huile sur bois (panneau de porte), 2013

Il m’a en revanche rappelé une petite étude de la même ruelle, à l’aquarelle, en jaune et gris, perdue parmi les papiers qui encombrent la table. J’ai passé encore une demi-heure à la recherche de cette aquarelle, ce qui m’a permis de retrouver à l’occasion un pastel sec en vert et gris, que j’aime bien, et qui représente ma rue. Comme j’avais dessiné à la même époque Mélanie regardant par la fenêtre – j’ai décidé de la retrouver d’urgence pour la mettre avec les autres Mélanie. Ce qui m’a fait à son tour penser au premier paysage à l’acrylique de la série Ma Ferté. J’ai donc tout laissé pour réfléchir à la question de savoir si cette première Ma Ferté ne pourrait pas être exposée. Le problème, c’est que je l’ai peint sur une porte. Une porte qui remplit avec dévouement son office de porte, sert à ouvrir et fermer, et sépare un petit vestibule d’un étrange couloir long qui ne mène certes nulle part et où il fait très froid, mais où on peut au moins laisser son manteau, ses chaussures ou son parapluie, et même rejoindre l’escalier et la cuisine par un chemin moins présentable. Une telle porte ferait assez étrange à l’intérieur de l’église Notre-Dame.

Ma Ferté I

« Ma Ferté I », peinture industrielle à l’huile sur une porte (en place), 2012

J’ai peint une vue de La Ferté semblable dans ses couleurs et son ambiance générale pour Marie. Des personnages pris à Chagall qui planent au-dessus du bourg, sont des personnages que j’avais observé par la fenêtre du salon. Maintenant, je sais que le monsieur en costume sombre qui achète chaque matin sa baguette de pain, c’est notre notaire, et la vieille dame au drôle de petit chapeau habite pas loin de nous et possède un petit chien bruyant ; elle a son fauteuil posé près de la fenêtre qui donne sur la rue. J’ai retrouvé une photo de ce tableau et elle m’a rappelé avec quel sentiment d’inquiétude j’attendais l’appréciation de Marie. Chaque fois que je suis en Bretagne, je le regarde avec un léger embarras, parce que j’y apporterais volontiers quelques corrections. Et le tableau est là, accroché au mur dans un beau cadre et – j’espère – encourage Marie à retourner à l’étrange La Ferté.

Ma Ferté II

« Ma Ferté II », acrylique sur toile, 2012

Me voilà le soir. Sur ma table, des papiers traînent en désordre, des tableaux au milieu de tout cela, dans l’ordinateur des fichiers avec des photos des tableaux que je n’ai plus chez moi ouverts, et ma tête est pleine d’idées de nouveaux de l’interminable série Ma Ferté ; l’odeur de la pelouse humide me vient du jardin où le cognassier est en fleurs et a l’air d’une estampe japonaise – et la sélection des tableaux pour l’exposition à Notre-Dame à La Ferté devra attendre demain.

Cette fois-ci, je serai plus organisée. Je ne me laisserai pas entraîner par les souvenirs. Je tracerais de manière claire et ferme le fil conducteur de mon exposition, en tenant compte de la beauté de l’intérieur de l’église, l’idée générale de l’exposition, le style et le genre des travaux des autres exposants. Demain, je fermerai certainement ce tiroir.

Sauf si les souvenirs se remettent en route, si je trouve le fichier avec la photo du tableau qui irait parfaitement si je l’avais encore chez moi, ou si, juste à l’occasion, j’ai l’idée d’un nouveau tableau.

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Sainte Thérèse et deux chaises

Sainte Thérèse et deux chaises

« Sainte Thérèse et deux chaises », peinture industrielle à l’huile sur matériau de récupération, 2002

C’était une longue période de silence, mais pas d’inactivité. Il s’agit en partie des préoccupations qui n’ont rien à voir avec le blog ou avec la peinture, mais qui dévorent un temps fou. Mais il n’y a pas que ça: je continue à peindre, et surtout, après avoir transformé mon salon en atelier-galerie, je commence sérieusement à préparer une exposition! Au château du Colombier, l’année dernière, j’ai participé à l’organisation et j’ai pu comparer mon expérience de la mairie en Pologne et la pratique en France, et l’exposition des amateurs à La Ferté m’a permis de voir un peu le contexte local. Maintenant, je me lance!

J’en dirai un peu plus prochainement. Pour le moment, je suis un peu prise dans le grand ménage du printemps qui ne veut toujours pas arriver.

D’où ce tableau: il n’est jamais à propos… Mais c’est un vieux souvenir de ma grand-mère, source inépuisable (même après sa mort) d’expressions quasi incompréhensibles, et de son train de vie, de ce décor, patiné, chargé en bondieuseries sans goût mais touchantes quand on y pense trente ans plus tard, de sa routine.

J’ai peint ce petit tableau encore en Pologne. Il est assez petit – je ne l’ai plus et je n’ai pas pensé à l’époque à noter les dimensions. Comme d’habitude, j’ai utilisé des peintures faites pour le bâtiment, et comme support, j’ai utilisé une sorte de fin tissu synthétique tendu sur un cadre de bois, censé protéger de vieilles enceintes qui ne fonctionnaient plus.

Sainte Thérèse et deux chaises

Il y avait deux lits

Couverts d’édredons
et deux chaises.

Et sur la table de nuit
Sainte Thérèse en plâtre
peinte avec soin et amour ;

Un tapis à rayures battu les samedis
et dans la commode, des anges en carton pour le sapin de Noël.

Il y avait du linge amidonné
dans le tiroir d’en bas
et la Sainte Thérèse, par temps d’orage, faisait le voyage du rebord de la fenêtre
tâché de jaune à force de trop arroser les fleurs.

Tam były dwa łóżka

z pierzynami
i dwa krzesła.

A na nocnym stoliku
święta Tereska z gipsu
malowana starannie i z miłością;

Chodnik pasiasty trzepany w soboty
i w komodzie tekturowe anioły na choinkę.

Tam była krochmalona pościel
w dolnej szufladzie
a święta Tereska w czasie burzy wędrowała na parapet
z żółtymi plamami od przelanych kwiatków.

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