Grisaille

Acrylique sur planche de bois, 2005

Acrylique sur planche de bois, 2005

La télé, comme jamais, décervelée
Rend un bruissement monotone d’une langue étrangère
Le jardin sauvage rampe par la fenêtre
Ses branches grincent au-dessus de ma tête

Pas terribles, ces prévisions
Pas terribles
« Grisaille » – dit, en français dans le texte, la dame devant la carte
Là-bas, chez toi, on annonce sans doute du soleil. Des couleurs
Mais ici il bruine la grise tristesse. La pluie goutte.

Grisaille – c’est l’un de premiers mots que j’ai appris à mon arrivée en France. 

Le mois de novembre semblait alors être le mois le plus long de l’année: habituée à la diversité du climat de la Pologne (qui nous fait allégrement passer des plus trente en été aux moins quinze en hiver, pas toujours le mois approprié), nous supportions assez mal la longue période de pluie, de froid et de brouillard entre la fin octobre et la mi-avril – comme si le novembre durait cinq mois. 

Nous étions alors particulièrement exposés à cette « grisaille »: nous venions de nous installer dans la petite maison de Plailly, à la lisière de l’Oise, et seuls les fins carreaux des fenêtres (oui, j’en ai déjà parlé) nous séparaient de l’énorme jardin qui, en haut de la seule colline dans les environs, se gorgeait d’eau comme une éponge.

Peint à l’acrylique, si appropriée pour cette période humide, sur une planche de bois, mon support préféré, ce tableau qui était aussi parmi les premiers que j’aie peint en France a trouvé un nouveau propriétaire. Le poème est resté en brouillon, jusqu’à l’année dernière, où il a été traduit pour ouvrir le catalogue préparé en vue de l’exposition à Saint-Malo.

Voici le texte d’origine:

Telewizor, jak nigdy bezmyślny
monotonnie szumi obcą mową.
Dziki ogród wpełza przez okno
konarami trzeszczy nad głową.

Nieciekawe te prognozy, nieciekawe
„Grisaille” mówi pani przy mapie.
Tam u ciebie pewnie słońce, kolorowo
a tu siąpi szarym smutkiem. Deszcz kapie.

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A propos elaprokopek

Je suis née il y a suffisamment longtemps pour pouvoir utiliser en toute légitimité la phrase « de mon temps... » - ainsi que quelques autres qui sont le privilège de l'âge, à l'exception peut-être de « ah, les jeunes de nos jours... » - puisque je considère la jeunesse comme une espèce éteinte. Je peins, je fais la cuisine, le ménage ; je regarde, j'attends, j'écris... Un jour, la peinture a rejoint dans ma vie l'écriture, si bien que l'un commente l'autre et inversement.
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