Après l’expo: quelques réactions

"La Fille à la fenêtre". Peinture acrylique sur carton de récupération, 2005

« La Fille à la fenêtre ». Peinture acrylique sur carton de récupération, 2005

J’ai encore pris un peu trop de temps pour mettre en forme la suite des impressions de l’exposition: en réalité, j’ai beaucoup de mal à écrire et peindre en même temps – je fais soit l’un soit l’autre…

Pour commencer, voici le tableau qui a fait dire au monsieur dont j’ai parlé la dernière fois que je devrais m’inscrire dans un atelier pour apprendre à peindre. Accessoirement, il s’agit du tableau qui a servi pour l’affiche de l’exposition au château du Colombier à Saint-Malo en octobre dernier…

Le vernissage de l’exposition était prévu pour le samedi soir et, comme prévu, il a attiré pas mal de monde. J’ai bien entendu plusieurs fois qu’avant, c’était mieux : je ne peux pas vraiment comparer, mais cela ne me paraît pas improbable, ne serait-ce que parce que, si un journaliste de la division locale de L’Union est passé, personne ne s’est déplacé de la mairie, ni le maire en personne, ni un conseiller ou conseillère municipal(e). Comme les exposants étaient plutôt nombreux, personne ne s’attendait à ce que les peintres prennent la parole – c’est l’organisateur qui s’est chargé de souhaiter la bienvenue aux visiteurs. C’est devant les tableaux que les spectateurs pouvaient discuter avec les auteurs. J’ai pu discuter du contenu de mes tableaux, mais aussi de mes origines : les questions sur mes racines ont été inévitables, d’autant plus qu’une dame a remarqué une inscription en polonais sur Tout ce que tu as déjà vu auparavant. Nous allons essayer de nous retrouver pour discuter et s’entraîner : elle a des origines polonaises et une famille en Pologne qu’elle va peut-être (j’espère!) pouvoir épater grâce à moi avec la nouvelle connaissance de quelques tournures.

Mais ce que j’ai vraiment aimé, c’étaient des questions sur les tableaux : sur leur sujet, le contenu, plus rarement la technique. Certains étaient intrigués, d’autres – agacés.

"Pour éclaircir 2". Huile sur toile, 2012

« Pour éclaircir 2 ». Huile sur toile, 2012

Le tableau à l’acrylique sur toile intitulé Pour éclaircir II a agacé une dame bien à cheval sur ses principes, qui exigeait des explications.
-Mais qu’est-ce que c’est, au juste ?
J’essayais d’expliquer que le titre du tableau contient l’idée d’éclaircir : comme dans le titre, j’essaye d’éclaircir par des tons clairs et froids un noyau sombre…
-Oui, mais qu’est-ce que c’est ? Une cheminée ?
-Non, c’est simplement le centre du tableau, sombre et aspirant tout, peut-être mon…
-Alors qu’est-ce que c’est, une télé ?
Un soupir de mépris de la dame a coupé court à la discussion : je butais sur le besoin inconditionnel de voir représentée sur un tableau une chose concrète, et de préférence, jolie.

"Ce n'est rien", huile sur toile, 2012

« Ce n’est rien », huile sur toile, 2012

Mais l’anecdote que j’ai le plus de plaisir à rappeler, c’est bien la réaction d’une dame sensible qui, considérant le tableau Ce n’est rien, s’est écriée spontanément :
-Mais quel truc cauchemardesque !
Malheureusement, ses amies embarrassées l’ont très vite éloignée de moi, pour lui rappeler à voix basse que l’auteur du tableau était juste à côté et entend tout, si bien que je n’ai pas eu temps de lui dire que j’étais parfaitement d’accord et que je trouvais son opinion tout à fait juste. C’est bien cauchemardesque et c’est censé être tel, tout comme le poème qui l’accompagne.

Le même tableau a été interprété par d’autres spectatrices :
-Ah, c’est sans doute le Christ.
-Le Christ ? Mais non, pourquoi ? C’est ce que vous y voyez ?
-Eh bien ? Mais vous êtes polonaise ?
Ah oui, en effet, je le suis.

Je suis aussi bien contente de cette exposition. Il est vrai que sur les onze exposants, un seul tableau a été vendu : une petite scène bucolique représentant des chevaux au galop sur un pré, vendu par un monsieur venu de Soissons qui a eu un certain succès grâce à son offre de peindre des portraits d’après une photo fournie par le client. Mais l’aspect commercial est secondaire : j’ai fait une expérience et j’ai rencontré des gens. J’ai pu observer les artistes et les spectateurs, j’ai appris l’existence d’une plutôt importante activité des artistes amateurs et savoir quelque chose du rythme – soutenu – des expositions. Le plus important, c’est que le bourg endormi de La Ferté-Milon a bien une vie interne où l’art trouve une place non négligeable.

Pour finir, je voudrais vous parler de ma découverte de cette exposition : madame Michèle Neveux et ses aquarelles que je trouve excellentes. Mûres, réfléchies, et très justes au niveau des couleurs… je regrette seulement que les photos que j’en ai fait ne soient pas meilleures, mais les reflets dans les vitres, l’éclairage artificiel et la circulation des visiteurs dans une salle plutôt petite ne permettait pas vraiment de faire mieux.

Publicités

A propos elaprokopek

Je suis née il y a suffisamment longtemps pour pouvoir utiliser en toute légitimité la phrase « de mon temps... » - ainsi que quelques autres qui sont le privilège de l'âge, à l'exception peut-être de « ah, les jeunes de nos jours... » - puisque je considère la jeunesse comme une espèce éteinte. Je peins, je fais la cuisine, le ménage ; je regarde, j'attends, j'écris... Un jour, la peinture a rejoint dans ma vie l'écriture, si bien que l'un commente l'autre et inversement.
Cet article, publié dans Expositions, Formats irréguliers, Peinture abstraite, est tagué , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Après l’expo: quelques réactions

  1. Sylviane dit :

    Votre façon de dépeindre cette expo , avec les diverses réactions, est très vivante et plaisante.
    Et vous avez une excellente mémoire de journaliste. Bravo!

    • elaprokopek dit :

      Merci! C’était une expérience intéressante, même si j’étais en décalage par rapport aux attentes de ce public-là.
      Comme j’écrivais à chaud, cela ne demandait peut-être pas tellement de la mémoire, mais c’est vrai que j’avais l’impression de retrouver ma façon de faire de l’époque où je travaillais comme journaliste.

  2. isabelle dit :

    J’ai pris beaucoup de retard dans la lecture de votre blog et je découvre cette expo que vous avez faite. C’est amusant de vous lire et de comprendre votre regard sur votre travail.
    Je pense que le public n’était pas le bon, à Paris la démarche est tout autre, le classique, l’académisme n’a plus la cote et l’art contemporain a un public important.
    Il est tres difficile de se faire comprendre lorsque l’on n’est pas en adéquation avec son public et c’est formidable de pouvoir s’exprimer et partager. Je ne suis pas attachée à l’art contemporain mais j’aime suivre mes émotions, et j’aime surtout sentir le petit quelque chose qui se dégage des oeuvres. Lors de l’exposition Basquiat, je me suis sentie à certains moments submergée en regardant tous ses dessins, tous les ressentis etaient exprimés sur le papier ou sur les murs …
    tout cela n’est qu ‘émotion, je crois!! 😀
    et vous savez faire partager les vôtres

    • elaprokopek dit :

      Merci beaucoup pour ce commentaire, Isabelle! J’ai fait la même réflexion: l’attente du public allait vers des tableaux décoratifs agréables à regarder et pas dérangeants, un style abstrait n’est pas toujours facilement accueilli. Je m’en doutais un peu, mais je voulais profiter de l’occasion et voir un peu le milieu local – c’est ma fibre de journaliste. J’apprécie assez ces moments où on arrive à communiquer même si l’entente est un peu difficile au début.
      C’est vrai que je pars souvent de l’émotion – c’est ce qui m’attire dans l’art contemporain (qui peut être effrayant par sa profusion des -ismes et le poids de la réflexion théorique), même au détriment de la technique que j’ai commencé à soigner assez tard.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s