L’Atelier des artistes

Tout juste installée dans mon salon, transformé en galerie

Tout juste installée dans mon salon, transformé en galerie

Tout agent immobilier, lorsqu’il rencontre un potentiel client, cherche d’abord à savoir quelle maison le client cherche, doté de combien de chambres, combien de pièces, avec ou sans jardin, à l’écart ou dans le centre-ville, en campagne ou en ville, etc. Pendant nos recherches et nos nombreux entretiens avec de tout aussi nombreux agents, nous avions tous ces critères bien définis. Quatre personnes, chien, distance supportable pour rejoindre le travail, et quand même un peu de calme. Le minimum pour une telle famille, avec un budget très limité. Rien d’extraordinaire.

Comme vous avez pu vous en apercevoir, La Ferté-Milon était un coup de cœur – La Ferté et la maison. Sans excéder notre petit budget, elle remplissait toutes les conditions et même, offrait beaucoup plus : d’étranges recoins, le charme de la bâtisse ancienne que nous ne finissons pas de découvrir, ou encore des surprises qui viennent des innombrables transformations accumulées au fil des années et d’habitants. Il y a bien sûr un prix : des travaux permanents, réfections permanentes, chaos permanent.

L’une des conséquences de ce chaos permanent sont mes incessantes migrations, le chevalet et les peintures sous les bras, d’un endroit à l’autre et d’une pièce à l’autre.

Il faut de la place pour peindre. Les peintures ont leur odeur particulière et plutôt intense. Le chevalet, les châssis, papiers, bocaux et torchons prennent de la place et, inévitablement, créent un désordre qui n’arrange pas forcément tout le monde.

Immédiatement après notre déménagement (qui a pris bien deux mois, les déménageurs étant hors budget), je n’ai pas du tout eu temps pour peindre, mais j’ai déposé tout mon matériel dans une dépendance, avec l’idée que cette pièce pourrait me servir d’atelier. Nous avons déménagé au mois de juillet et avant la fin de l’été je savais que ce n’était pas une bonne idée. D’abord, il y faisait très vite une froid insupportable ; en plus, derrière une mince cloison se trouve un réservoir de fuel dont la présence finit par se sentir. Un séjour prolongé dans cette pièce garantissait la migraine, et le soleil d’automne ne donnait plus assez de lumière pour qu’on puisse y travailler.

Je suis retournée dans la maison et j’ai choisi une pièce qui jouxte la chambre, où il y a une grande fenêtre. J’y ai peint quelques tableaux, mais au printemps l’isolation du jardin et la nécessité de monter et descendre l’escalier pour laisser entrer ou sortir le chien ou d’interrompre le travail pour jeter un coup d’œil au four, répondre au téléphone ou tout bêtement, me faire du thé, ont commencé à me peser.

L’atelier-galerie; le tableau en chantier est le « négatif » de la série « Les jours sont toujours si courts, chéri »

J’ai donc décidé de redescendre mes affaires, pour m’installer cette fois-ci sous le auvent couvrant une partie de la terrasse. Pour un atelier d’été, l’endroit est idéal, mais je savais le l’automne allait à nouveau m’obliger à regagner la maison, et j’aimais de moins en moins l’idée de dormir dans des draps sentant la térébenthine et de déployer des bâches et du papier-journal pour protéger le vieux plancher en bois des éclaboussures de peinture.

Fatigant. La maison est tellement grande, les enfants sont plus souvent partis que là, leurs chambres restent vides, à chaque ménage je me dis qu’il y a décidément trop de planchers, et je n’arrive pas à me trouver un endroit pour peindre ?

L’atelier est descendu dans le salon, mais cela reste le salon

En plus, mon fils cadet, Radek, s’est décidé au dernier moment (huit mois avant son bac !) de tenter des études de beaux-arts. À la surprise générale, il a été pris à l’école qui l’intéressait le plus – le rôle de Marie Le Brenn, qui a non seulement qui a changé en catastrophe de plans pour voir si la tentative avait un sens, mais en plus, a su le préparer aux épreuves en quelques semaines, a été central. Mais c’est une autre histoire, et Marie racontera peut-être un jour sur son blog l’histoire de ce travail sur du matériau brut…. Mais si Radek se mettait à peindre, il allait lui falloir un autre chevalet et encore plus de place pour travailler.

Même dans l’atelier, le canapé n’a pas changé de place

J’ai eu l’idée en novembre. Le mois de novembre est plutôt morne et tout le monde commence à manquer de soleil et de lumière. Dans cette époque, je m’installe le plus souvent au salon. Il y a deux grandes fenêtres et une plus petite, qui donne sur un chemin caché à l’arrière de la maison. Les grandes fenêtres donnent sur rue, et je me prends souvent à regarder les passants, les voitures, le bâtiment en pierre de la paroisse en face. Il n’y fait pas trop clair, mais au moins la lumière est à peu près stable toute la journée. Ma famille n’a pas trop protesté. Skarbek a haussé les épaules :
-Après tout, pourquoi pas ? De toute façon, les tableaux sont partout.

Radek a trouvé l’idée très bonne : en scrutant la pièce d’un œil avisé, il a tout de suite vu qu’on pouvait y peindre ensemble. Seul mon pauvre mari a réservé, avec un brin d’inquiétude, le droit d’utiliser le soir l’atelier comme un salon de famille, avec la possibilité de regarder la télé ou se reposer dans l’inactivité, affalé sur le canapé.

« De toute façon, les tableaux sont partout »

Sous l’une de deux fenêtres, j’ai placé une grande table de travail, les grands chevalets sont placés eux aussi près des fenêtres, alors que les petits, portables, servent à exposer ou faire sécher les tableaux. J’ai enfin la place pour mes boîtes, bouteilles, torchons, peintures et papier – et je ne suis plus obligée de courir chercher de la térébenthine dans la dépendance, l’huile dans la cuisine et les pinceaux dans le débarras. Mon mari a installé l’éclairage supplémentaire et les cimaises. Dans mon atelier s’est formé ma petite galerie. Encore un peu de travail et je pourrais non seulement y travailler, mais encore inviter tous ceux qui auraient envie de voir les tableaux, peut-être en acheter un, ou simplement regarder ma façon de travailler.

La plaquette émaillée « Atelier des artistes » était un cadeau de Noël de mon mari. Offert moyennant la promesse de laisser en place le canapé et la télé.

L’atelier-galerie descendu au salon. Le grand tableau au centre est suspendu sur un systme de poulies: il cache la télé, et remonte le soir. Les trompettes sont une trouvaille de la brocante du coin.

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A propos elaprokopek

Je suis née il y a suffisamment longtemps pour pouvoir utiliser en toute légitimité la phrase « de mon temps... » - ainsi que quelques autres qui sont le privilège de l'âge, à l'exception peut-être de « ah, les jeunes de nos jours... » - puisque je considère la jeunesse comme une espèce éteinte. Je peins, je fais la cuisine, le ménage ; je regarde, j'attends, j'écris... Un jour, la peinture a rejoint dans ma vie l'écriture, si bien que l'un commente l'autre et inversement.
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2 commentaires pour L’Atelier des artistes

  1. Jane Moller dit :

    Quelle belle lecture, je suis contente que tu as réussie finalement a trouver l’endroit parfait pour peindre . Mais je connais le problème aussi, si on a pas un atélier …on s’arrange ou on peut 🙂

    • elaprokopek dit :

      J’ai fait ça pendant longtemps, mais à la longue, ces migrations devenaient fatigantes. C’est sûr que l’idéal serait d’avoir un vrai atelier. Curieusement, même avec une grande maison qui aurait dû tout résoudre, ça reste compliqué.

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