Mes débuts au cinéma

Je n’ai pas publié depuis un moment, mais je ne suis pas restée inactive. Pour le moment, je rattrape ce que j’aurais dû avoir déjà fait – d’autant plus que j’avais annoncé un article sur la visite du groupe d’élèves et leur projet de film sur les artistes actifs dans le coin. Le projet a abouti, et a été une vraie réussite – il fallait vraiment que j’en parle.

Du coup, le nouveau tableau ainsi que le retour de Bruxelles de mon fils (qui a ramené ses travaux de l’année) devront attendre le prochain billet.

Plus d’un mois et demi s’est écoulé depuis l’exposition à l’église Notre-Dame, mais je continue à en voir des retombées.

Ce qu’une exposition a de plus intéressant, c’est peut-être qu’elle permet de rencontrer des gens. J’ai déjà dû évoquer madame Françoise Sculfort, l’institutrice, qui est venue nous voir dès le jour du vernissage.

Le 21 mai – par une matinée pluvieuse de mardi, la dernière matinée de l’exposition, elle est revenue, accompagnée de sa classe et de Luc Baudonnière, cameraman et réalisateur qui travaille depuis 2000 avec l’équipe de C’est pas sorcier. Comme prévu, le groupe était équipé d’une caméra, des microphones et des éclairages : les enfants n’étaient pas là seulement pour voir les tableaux et pour poser des questions, mais aussi pour tourner une partie de leur film. Il s’agit d’un programme annuel, pas le premier mené par Mme Sculfort, dont le sujet était les artistes de La Ferté-Milon. Les enfants préparaient la documentation, interviewaient les artistes qui vivent à La Ferté, pour aboutir à la réalisation d’un film d’une demi-heure environ.

"Fenêtre IV" (huile sur toile de grand format, 2012), suspendu sur un système de poulies, cachant le poste télé

« Fenêtre IV » (huile sur toile de grand format, 2012), suspendu sur un système de poulies, cachant le poste télé

Nous avons pris rendez-vous pour le vendredi suivant. L’exposition était finie, j’avais eu un peu de temps pour me préparer à accueillir l’équipe, un peu plus restreinte, dans le salon prévu pour être une sorte de galerie. C’est Tatiana qui était chargée d’interviewer Madame Prokopek, et elle semblait encore plus nerveuse que moi. Les questions préparées et notées sur une feuille sont très vite passées à la trappe – Tatiana a dû apprendre sur le tas à adapter le plan de l’interview à l’interlocuteur. Pour en avoir fait l’expérience, je sais que la chose n’est pas toujours facile, mais la jeune reporter s’en est tirée à merveille. Pendant ce temps, les garçons qui travaillaient sous la direction de Luc au son et à l’éclairage avaient d’autres problèmes à résoudre : les fenêtres de la pièce (atelier-galerie) donnent sur une rue plutôt abritée, si bien que la pièce n’est pas très lumineuse. De plus, la journée était plutôt sombre – comme elles étaient à peu près toutes ce mois de mai ! – et même après avoir allumé toutes les ampoules nous manquions de lumière. Il a fallu multiplier des astuces et jouer sur les temps de pose pour obtenir quelque chose, tout en reprenant le son, ce qui n’était pas non plus facile faute de place.

L’important, c’est que tout le monde se soit pourtant bien amusé. J’oubliais tout mon français, à mesure de l’entretien je perdais l’usage des mots que je connais très bien et temps normal, plus que d’habitude je confondais les temps et omettais les articles ; les manches de mon pull élimé s’entremêlaient et envahissaient le cadre lorsque je voulais, d’un geste nonchalant, montrer l’une de mes récentes productions. A la fin, après le départ des enfants, je me suis aperçu que sur le devant de mon gilet j’avais une tache de peinture, bien visible et très peu pittoresque. Mais qu’importe tout cela – d’autant plus que je ne doutais pas que Luc, avec son expérience, allait trouver une manière de monter le film.

Le tout a pris environ trois heures. En partant, Françoise a promis que j’allais recevoir une invitation à la projection du film achevé.

C’est ainsi que, il y a quelques jours, lorsque je devais aller à mon rendez-vous médical, j’ai entendu la sonnette. Devant la porte se tenait toute la classe de Françoise Sculfort, et une petite fille m’a solennellement remis une invitation pour Jeudi, 27 juin à 18 heures, Cinéma Jean Racine.

L'invitation à la projection du film

L’invitation à la projection du film

Après la projection

D’habitude j’évite le ton exalté, mais je trouve vraiment que le film n’avait pas de défauts. Avec un vrai plaisir (et pas seulement parce que j’y apparaissais à un moment !), j’ai regardé un documentaire complet sur le bourg que j’habite, fait par les enfants qui y vivent. Grâce à la collaboration entre Françoise et Luc, le film est très correct sur le fond, il arrive à donner au spectateur un minimum de connaissances sur La Ferté-Milon et une image flatteuse de l’activité artistique dans une petite localité picarde. Le tout est accompagné de belles images, d’une musique bien choisie et de commentaire concis (c’est l’exigence du genre), mais efficace. Les élèves ont dû apprendre énormément sur l’histoire et la géographie du coin, mais aussi sur l’art et sur la technique de prise de vue ou du son. Le tout à travers le film, un domaine évidemment proche et attractif pour les enfants.

Si l’on cherche un contenu de promotion pour La Ferté-Milon, difficile de trouver mieux. Si l’on cherche à susciter chez ces gosses un attachement à leur village – difficile de faire mieux. Après tout, ils ont vu de leurs propres yeux qu’il se passe ici des choses intéressantes et que des gens étranges et intéressants (de plus, connus, en tout cas reconnus) y travaillent. L’on ne trouverait pas non plus de meilleure façon de les convaincre que l’école peut être intéressante et moderne, et le travail scolaire peut être autre chose qu’une obligation triste et pénible. Par la même occasion, ils ont vu que l’art ne renvoie pas nécessairement aux parquets bien cirés des musées, aux impossibles à retenir dates des vies des grands maîtres et aux cadres dorés. Ils ont vu Arlette Feltrin faire ses mosaïques, ils ont vu l’impressionnant atelier de Bernard Mélois, que l’on n’appelle sculpteur que par commodité, puisque ses œuvres échappent aux classifications. Certes, ils ont aussi vu mon salon en plein désordre, avec la peinture mélangée sur une assiette fendue et les tableaux accrochés ou posés un peu partout – dans une simple maison, dans une rue comme une autre, dans leur bourg.

Élèves de l'école primaire à l'exposition.

Élèves de l’école primaire à l’exposition. Au centre, Mme Sculfort, l’institutrice; la petite fille à gauche est Tatiana qui m’a interviewée

Évidemment, ce qu’il vaudrait mieux, c’est que vous voyiez le film vous-mêmes. Dès que j’aurai le disque, le mettrai sur le blog : le résultat de ce travail de quelques mois vaut vraiment le détour. Et j’attends avec l’impatience la suite annoncée – puisque les enfants ont trouvé bien plus d’artistes vivant et travaillant à La Ferté que les trois présentés dans ce premier film. J’ai pris le à suivre très au sérieux.

Et je suis tout à fait d’accord avec tous les commentaires qui me pressent à perdre du poids et me mettre sérieusement au français !

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A propos elaprokopek

Je suis née il y a suffisamment longtemps pour pouvoir utiliser en toute légitimité la phrase « de mon temps... » - ainsi que quelques autres qui sont le privilège de l'âge, à l'exception peut-être de « ah, les jeunes de nos jours... » - puisque je considère la jeunesse comme une espèce éteinte. Je peins, je fais la cuisine, le ménage ; je regarde, j'attends, j'écris... Un jour, la peinture a rejoint dans ma vie l'écriture, si bien que l'un commente l'autre et inversement.
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