Dans la lumière du colza

"Départementale 922 - printemps", acrylique et huile sur toile, 38x46 cm, 2013

« Départementale 922 – printemps », acrylique et huile sur toile, 38×46 cm, 2013

Une autre saison est passée, aux limites plutôt floues cette année, et mon tronçon préféré de la D922 a montré un nouveau visage. On dirait que cette route, comme tracée à la règle à travers les champs, est faite pour l’observation des changements des couleurs et des lumières. Rien ne distrait de l’observation, rien ne détourne l’attention.

Les bleus et les gris du ciel font émerger de la trame des champs tout un éventail de couleurs et des tons. Même le blanc en a des milliers.

Le printemps – c’est le colza. Avant l’explosion du jaune criant, les premières pousses vert céladon sont apparues dans le brun de la terre tournant au violet. Ensuit, il y eut de plus en plus de ce vert céladon et il virait de plus en plus au jaune. Jusqu’au jour où le colza a explosé, si bien que même le jour le plus nuageux de ce printemps nuageux les étendues de colza brillaient de leur propre lumière. Et puisque les champs s’étendent jusqu’à l’horizon – même les couleurs du ciel en subissent l’étrange influence. Il devient violacé, rose, bleu – et reste dans une gamme qui plairait aux amateurs du kitch ou aux producteurs des publicités des ressorts de bord de mer (avec une piscine dans chaque hôtel et une ombrelle dans le verre à côté de chacun des mille transats).

Je ne suis pas sûre d’avoir réussi à bien rendre cette folie du colza. Comme d’habitude, quelque chose manque à ma satisfaction. De temps en temps, j’ajoutais un peu de violet ou de carmin… Heureusement, l’année prochaine, le colza fleurira à nouveau et je pourrais affronter une autre fois le problème du jaune fluorescent.

La D922 offre sans doute quelque chose à l’été, mais le hasard de ces dernières semaines ne m’a pas fait reprendre ma départementale préférée. Et, à vrai dire, l’été est un peu éteint, un peu terne, contrairement à l’idée répandue que c’est maintenant que tout fleurit et les couleurs explosent. Pour moi, l’été est d’un vert un peu fatigué, d’une fatigue de l’âge adulte. Le gloussement de la surprise du printemps me manque. Le vert printanier fait « coucou ! » en sautant de l’abîme gris de l’hiver, celui de l’été est une conséquence élaborée – ce n’est pas du tout la même chose. Il faut donc que je regarde bien ce qui se passe entre le ciel et la terre entre Betz et Nanteuil-le-Haudoin. Il y aura peut-être un quatrième tableau de la série D922 ?

Pour le moment, je me dépêche pour finir un large tableau sur contreplaqué que je voudrais accrocher dans la chambre d’amis. Juste après le 20 juillet vient pour la première fois à La Ferté mon amie Masha, et j’ai décidé de peindre notre jardin spécialement pour elle. J’ai aménagé la chambre d’amis tout en haut, à côté du grenier, ce qui garantit aux visiteurs la tranquillité, loin de la vie qui se concentre au rez-de-chaussée. Il est vrai que la salle des bains la plus proche est à l’étage inférieur, mais c’est un prix peu élevé pour l’intimité. Et de réclamez pas une salle des bains spéciale pour les amis alors que la nôtre ne cesse de réclamer des travaux : la douche fuit, la cuvette des toilettes doit être remplacée, le placard ne se ferme pas, la serrure étant couverte de plusieurs générations de peinture ; sans oublier l’état du radiateur et les lacunes inquiétantes dans l’isolation du mus derrière lui.

Alors, au boulot. Je promets de montrer le jardin de La Ferté fini, mais quelques journées de travail sont encore devant moi. D’autant plus qu’avec les changements de temps, ma conception du tableau change aussi. J’ai utilisé beaucoup de vert pour le fond, mais au fond, je n’aime pas le vert, et ce n’était pas le vert que je voulais montrer. Comme a dit, en visitant notre exposition à l’église Notre-Dame, madame Michèle Neveux (l’auteur de belles aquarelles que j’avais montrées après l’exposition des peintres amateurs à l’MJC de La Ferté-Milon), « les fleurs sont belles en elles-mêmes, à quoi bon les peindre ? » J’espère que je réussirais à montrer notre rapport à ce jardin, à cette maison, et à nos amis. Je l’appellerai peut-être Bienvenue ?

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A propos elaprokopek

Je suis née il y a suffisamment longtemps pour pouvoir utiliser en toute légitimité la phrase « de mon temps... » - ainsi que quelques autres qui sont le privilège de l'âge, à l'exception peut-être de « ah, les jeunes de nos jours... » - puisque je considère la jeunesse comme une espèce éteinte. Je peins, je fais la cuisine, le ménage ; je regarde, j'attends, j'écris... Un jour, la peinture a rejoint dans ma vie l'écriture, si bien que l'un commente l'autre et inversement.
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