L’Atelier des artistes

Tout juste installée dans mon salon, transformé en galerie

Tout juste installée dans mon salon, transformé en galerie

Tout agent immobilier, lorsqu’il rencontre un potentiel client, cherche d’abord à savoir quelle maison le client cherche, doté de combien de chambres, combien de pièces, avec ou sans jardin, à l’écart ou dans le centre-ville, en campagne ou en ville, etc. Pendant nos recherches et nos nombreux entretiens avec de tout aussi nombreux agents, nous avions tous ces critères bien définis. Quatre personnes, chien, distance supportable pour rejoindre le travail, et quand même un peu de calme. Le minimum pour une telle famille, avec un budget très limité. Rien d’extraordinaire.

Comme vous avez pu vous en apercevoir, La Ferté-Milon était un coup de cœur – La Ferté et la maison. Sans excéder notre petit budget, elle remplissait toutes les conditions et même, offrait beaucoup plus : d’étranges recoins, le charme de la bâtisse ancienne que nous ne finissons pas de découvrir, ou encore des surprises qui viennent des innombrables transformations accumulées au fil des années et d’habitants. Il y a bien sûr un prix : des travaux permanents, réfections permanentes, chaos permanent.

L’une des conséquences de ce chaos permanent sont mes incessantes migrations, le chevalet et les peintures sous les bras, d’un endroit à l’autre et d’une pièce à l’autre.

Il faut de la place pour peindre. Les peintures ont leur odeur particulière et plutôt intense. Le chevalet, les châssis, papiers, bocaux et torchons prennent de la place et, inévitablement, créent un désordre qui n’arrange pas forcément tout le monde.

Immédiatement après notre déménagement (qui a pris bien deux mois, les déménageurs étant hors budget), je n’ai pas du tout eu temps pour peindre, mais j’ai déposé tout mon matériel dans une dépendance, avec l’idée que cette pièce pourrait me servir d’atelier. Nous avons déménagé au mois de juillet et avant la fin de l’été je savais que ce n’était pas une bonne idée. D’abord, il y faisait très vite une froid insupportable ; en plus, derrière une mince cloison se trouve un réservoir de fuel dont la présence finit par se sentir. Un séjour prolongé dans cette pièce garantissait la migraine, et le soleil d’automne ne donnait plus assez de lumière pour qu’on puisse y travailler.

Je suis retournée dans la maison et j’ai choisi une pièce qui jouxte la chambre, où il y a une grande fenêtre. J’y ai peint quelques tableaux, mais au printemps l’isolation du jardin et la nécessité de monter et descendre l’escalier pour laisser entrer ou sortir le chien ou d’interrompre le travail pour jeter un coup d’œil au four, répondre au téléphone ou tout bêtement, me faire du thé, ont commencé à me peser.

L’atelier-galerie; le tableau en chantier est le « négatif » de la série « Les jours sont toujours si courts, chéri »

J’ai donc décidé de redescendre mes affaires, pour m’installer cette fois-ci sous le auvent couvrant une partie de la terrasse. Pour un atelier d’été, l’endroit est idéal, mais je savais le l’automne allait à nouveau m’obliger à regagner la maison, et j’aimais de moins en moins l’idée de dormir dans des draps sentant la térébenthine et de déployer des bâches et du papier-journal pour protéger le vieux plancher en bois des éclaboussures de peinture.

Fatigant. La maison est tellement grande, les enfants sont plus souvent partis que là, leurs chambres restent vides, à chaque ménage je me dis qu’il y a décidément trop de planchers, et je n’arrive pas à me trouver un endroit pour peindre ?

L’atelier est descendu dans le salon, mais cela reste le salon

En plus, mon fils cadet, Radek, s’est décidé au dernier moment (huit mois avant son bac !) de tenter des études de beaux-arts. À la surprise générale, il a été pris à l’école qui l’intéressait le plus – le rôle de Marie Le Brenn, qui a non seulement qui a changé en catastrophe de plans pour voir si la tentative avait un sens, mais en plus, a su le préparer aux épreuves en quelques semaines, a été central. Mais c’est une autre histoire, et Marie racontera peut-être un jour sur son blog l’histoire de ce travail sur du matériau brut…. Mais si Radek se mettait à peindre, il allait lui falloir un autre chevalet et encore plus de place pour travailler.

Même dans l’atelier, le canapé n’a pas changé de place

J’ai eu l’idée en novembre. Le mois de novembre est plutôt morne et tout le monde commence à manquer de soleil et de lumière. Dans cette époque, je m’installe le plus souvent au salon. Il y a deux grandes fenêtres et une plus petite, qui donne sur un chemin caché à l’arrière de la maison. Les grandes fenêtres donnent sur rue, et je me prends souvent à regarder les passants, les voitures, le bâtiment en pierre de la paroisse en face. Il n’y fait pas trop clair, mais au moins la lumière est à peu près stable toute la journée. Ma famille n’a pas trop protesté. Skarbek a haussé les épaules :
-Après tout, pourquoi pas ? De toute façon, les tableaux sont partout.

Radek a trouvé l’idée très bonne : en scrutant la pièce d’un œil avisé, il a tout de suite vu qu’on pouvait y peindre ensemble. Seul mon pauvre mari a réservé, avec un brin d’inquiétude, le droit d’utiliser le soir l’atelier comme un salon de famille, avec la possibilité de regarder la télé ou se reposer dans l’inactivité, affalé sur le canapé.

« De toute façon, les tableaux sont partout »

Sous l’une de deux fenêtres, j’ai placé une grande table de travail, les grands chevalets sont placés eux aussi près des fenêtres, alors que les petits, portables, servent à exposer ou faire sécher les tableaux. J’ai enfin la place pour mes boîtes, bouteilles, torchons, peintures et papier – et je ne suis plus obligée de courir chercher de la térébenthine dans la dépendance, l’huile dans la cuisine et les pinceaux dans le débarras. Mon mari a installé l’éclairage supplémentaire et les cimaises. Dans mon atelier s’est formé ma petite galerie. Encore un peu de travail et je pourrais non seulement y travailler, mais encore inviter tous ceux qui auraient envie de voir les tableaux, peut-être en acheter un, ou simplement regarder ma façon de travailler.

La plaquette émaillée « Atelier des artistes » était un cadeau de Noël de mon mari. Offert moyennant la promesse de laisser en place le canapé et la télé.

L’atelier-galerie descendu au salon. Le grand tableau au centre est suspendu sur un systme de poulies: il cache la télé, et remonte le soir. Les trompettes sont une trouvaille de la brocante du coin.

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Les jours sont toujours si courts, chéri

"Les jours sont toujours si courts, chéri", huile et acrylique sur toile, 2013

« Les jours sont toujours si courts, chéri », huile et acrylique sur toile, 2013

Les jours sont courts et gris, parfois seulement éclairés d’un rayon passager du soleil. Les mois forment une monotone composition de teintes de gris, coupés de traits noirs, de petites fissures qui portent l’espoir de la lumière du soleil. On dirait que la nuit, le crépuscule, le matin gris – ne se laissent arracher qu’une petite part qu’ils encerclent, embrassent et récupèrent. Cela dure, n’en finit pas. Cinquante jours, cent, quatre mois… Un tableau, un deuxième, troisième minuscule, puisque l’espoir est apparu que l’élément clair finisse par vaincre, mais le quatrième est plus grand et dans des tons plus sombres encore. Ces gris recouvrent un fond de violet qui donne l’impression d’une ombre plus profonde. La série de tableaux hivernaux a un titre commun : Les jours sont toujours si courts, chérie. Je les ai peints en technique mixte, associant l’acrylique et l’huile, sur des toiles de formats différents.

"Les jours sont toujours si courts, chéri", huile et acrylique sur toile, 2013

« Les jours sont toujours si courts, chéri », huile et acrylique sur toile, 2013

Maintenant, je suis passée à une série de printemps. Début printemps. J’ai prévu des compositions semblables, mais en négatif – pour ce qui est des couleurs comme des éléments de composition. Plus de parties claires, plus visibles – après tout, le moment où ce seront les nuits qui seront courtes finira bien par arriver.

"Les jours sont toujours si courts, chéri", la série complète dans mon atelier (huile et acrylique sur toile, différents formats, 2013)

« Les jours sont toujours si courts, chéri », la série complète dans mon atelier (huile et acrylique sur toile, différents formats, 2013)

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Pour le 8 mars

"Grande Motte/Kurort", huile sur contreplaqué, 2004

« Grande Motte/Kurort », huile sur contreplaqué, 2004

Le vrai printemps arrive en retard et multiplie des caprices alors que le calendrier indique des jours qui auraient dû avoir un cadre franchement printanier. On fêterait bien mieux la journée de la femme sous le soleil, entourées de la verdure foisonnante et de de fleurs ouvertes. Mais non, le ciel est encore gris, il pleut en Picardie, et les fleurs ne sont pas encore là. On ne peut que rêver du soleil.

Rêvons alors. Pas seulement du soleil, mais à tout ce qui nous donne de la joie et de la satisfaction. Des succès, de la beauté, de l’été. Et que ces rêves deviennent la réalité au plus vite.

À la place des fleurs, pour toutes les dames, le tableau La Grande Motte, avec son poème. Un petit cadeau pour la Journée de la femme.

Grande Motte

Ah, la peau comme un fer rouge
Ah, ce vernis sur les ongles
et la sueur sous le chapeau
et le sable sous les lanières des sandales

Ah, cette impudeur ensoleillée
Lorsqu’elle a vaincu la pudeur de la nudité
Et il se passe alors quelque chose de tel
que tu es belle

Kurort

Ech, ta skora rozgrzana do czerwoności
Ech ten lakier na paznokciach
i pot pod kapeluszem
I ten piasek pod paskiem sandałów

Ech ten bezwstyd słoneczny
gdy już pokona wstyd nagości
I dzieje się wtedy coś takiego
ze jesteś piękna

Je ne suis jamais allée à la Grande Motte, à vrai dire la plage m’évoque plus l’Italie que la Côte d’Azur. Mais ce qui compte ici, c’est le soleil. Ce tableau est assez ancien – il date de 2004, et il ne m’en reste plus que cette photo, dont je regrette la qualité. L’original, sur son contreplaqué tordu par l’humidité – à l’époque, je ne trouvais pas cela très important – est parti en Pologne.

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La personnalité complexe de Mélanie

"Mélanie prend son café", huile sur carton, 30 x 41 cm, 2005 ,

« Mélanie prend son café », huile sur carton, 30 x 41 cm, 2005 ,

Je nie catégoriquement que Mélanie soit une sorte d’« amie invisible », un alter ego refoulé, ou encore une « chère absente », ou une personne décédée dont on ne cesse de troubler le repos en lui parlant sans cesse. Elle n’es pas non plus un personnage de bande ou dessin animé.

Je nie aussi que Mélanie soit « morne », « triste » ou « hostile ». Elle est peu-être un peu seule, en tout cas elle se fait dépeindre au cours des activités qui par nature exigent un peu de solitude, en tout cas, de la tranquillité.

Mélanie est simplement là, ou elle passe. Parfois, Mélanie lit un livre, parfois elle prend son café ou elle fume une cigarette. Lorsque j’écris un récit, je n’ai pas à chercher le nom pour mon personnage principal, je n’ai même pas à inventer un personnage – j’ai Mélanie. Elle a tous mes traits, et tous ceux de ma mère, de ma sœur, mes amies et mes connaissances. Parfois, elle en a même de ma grand-mère Aniela, ou de ma grand-mère Antonina que je n’ai pas pu connaître puisqu’elle est morte pendant la guerre. Elle est grosse ou maigre, belle ou laide. Le plus souvent, elle est un peu fatiguée.

"Mélanie lit un livre", acrylique sur carton, 23 x 30 cm, 2013

« Mélanie lit un livre », acrylique sur carton, 23 x 30 cm, 2013

En général, elle est très concentrée sur ce qu’elle est justement en train de faire. Si elle prend son café – elle est très occupée à prendre son café, et c’est tout. Avant cela, elle avait célébré la préparation du café, elle avait longtemps touillé le sucre dans la tasse, elle avait soigneusement disposé la cuillère juste à côté de la tasse et la cafetière un peu en retrait. Ensuite, elle s’asseyait, en arrangeant plusieurs fois sa position sur la chaise, jusqu’à ce qu’elle puisse enfin prendre la tasse et avaler la première gorgée de café.

Mélanie ne fait rien dans la précipitation et n’importe comment. Dans les récits, Mélanie a la même personnalité. Elle exige la description détaillée de chacun de ses gestes. Pour beaucoup elle est, sans doute, ennuyeuse. Elle ne fait rien de particulier, elle ne s’occupe jamais d’affaires de grande importance. Parfois, elle va quelque part, parfois, elle regarde quelque chose, parfois, elle pense à quelque chose. Ce à quoi elle pense reste inconnu. C’est peut-être à la même chose que moi, ou celui qui regarde son portrait.

"Mélanie fume une cigarette", acrylique sur carton, 23 x 30 cm, 2013

« Mélanie fume une cigarette », acrylique sur carton, 23 x 30 cm, 2013

Pourquoi elle s’appelle Mélanie ? On l’ignore aussi. C’est tout simplement son nom.

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L’aube

"L'aube", Huile sur toile, 61 x 50 cm, 2013

« L’aube », Huile sur toile, 61 x 50 cm, 2013

La nuit a mauvaise presse. On lui accole des adjectifs qui n’évoquent rien de bon – sombre, effrayante, froide… Mais en réalité, la nuit, surtout quand son temps finit – juste avant le matin – est certes sombre, mais aussi douce, elle nous enveloppe chaudement. Ce n’est peut-être pas la nuit mais le sommeil. Il est accueillant malgré ses tons sombres, il est doux et comporte tous ces éléments de rouge et d’orange qui le réchauffent.

C’est l’aube qui est agressive. À travers les paupières closes, à travers cette couche douce et protectrice, perce un faisceau de lumière dure. Des tons froids de blanc s’enfoncent directement dans le noyau pourpre et chaud du sommeil – nuit.

Le blanc n’est pas encore pur et clair. Les couleurs se mêlent, dans la bande de l’aube percent les bleus, violets et les gris de la nuit. Mais c’est pour bientôt.

Ce tableau, tout récent, a été exposé le mois dernier à l’exposition des peintres amateurs à La Ferté-Milon et il apparaît même dans la petite « galerie » qui accompagne le billet de circonstance, mais je voulais revenir un peu plus en détail sur cette toile que j’aime bien.

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Départementale 922

"Départementale 922 - Automne", huile sur toile, 40 x 50 cm, 2013

« Départementale 922 – Automne », huile sur toile, 40 x 50 cm, 2013

D’abord, on prend la RN2. La route légendaire, l’une des artères principales de la région parisienne, avec ses éternels travaux et éternels bouchons. Parfois, lorsque j’arrivais en retard au travail, je n’avais qu’à dire « N2 », avec un geste de résignation – cela marchait à tous les coups. Mais il faut admettre que les travaux avancent vite et on peut espérer que bientôt, cette route ne soit plus le cauchemar des chauffeurs.
Il faut quitter la N2 à Nanteuil-le-Haudoin, et prendre la départementale 922. Jusqu’à Betz, la route est droite, comme tracée à la règle, à travers les champs. Un paysage plat et vide, fait des champs et du ciel. À l’horizon, une ligne bleue de la forêt sépare la surface des champs du ciel. Et dans le ciel, il se passe pas mal de choses que l’on ne voit pas dans les ravins des rues. Cela ne vaut pas que pour le ciel – les champs changent de couleur selon la saison et même selon le moment de la journée. Même la ligne de la forêt au loin est à chaque moment différente, même si les bleus foncés dominent toujours. Si je m’amuse à chercher des analogies, la Picardie pourrait m’évoquer la Mazovie, si ce n’est que ses couleurs sont plus saturées.
Et c’est tant mieux si tout est si plat ici, puisque les couleurs s’épanchent sans entrave et rien ne perturbe ni ne trouble cette surface, faite pour la peinture, pour la superposition de couches et de tons successifs.

À Betz il faut ralentir. Non seulement on entre dans un village, mais on y croise en plus des voitures de gendarmes en livrée et d’autres, et des véhicules banalisés des messieurs en costumes sombres et lunettes de soleil (la tenue ne change jamais, quel que soit le temps et la saison). Mohammed VI possède un château à Betz, et c’est grâce à lui que les conducteurs lèvent le pied – on ne sait jamais s’il ne prend aux gendarmes l’envie de vérifier que les voitures ne volent pas et si la D922 n’est pas une piste d’envol.
Même si le roi du Maroc n’est pas à Betz, Antilly suit de toute façon avec ses trois dos d’âne (qu’on appelle en Pologne « le flic endormi »), d’une hauteur telle que même les 4×4 surélevés ralentissent sagement à 30 km/h. En plus, il faut faire attention: c’est l’endroit préféré du « Papi voyageur ». C’est un vieux monsieur entre 80 et 90 ans, dépourvu à peu près complètement de derniers restes de dentition et, sans doute en raison de son âge, peu préoccupé par l’hygiène, qui chemine en s’appuyant sur sa canne et essaye là d’arrêter les voitures qui passent pour aller à Thury-en-Valois. Si nous l’avons bien compris – comme il n’a plus de dents, c’est assez difficile – il visite régulièrement la tombe de sa femme, enterrée à un des cimetières environnants.
Juste après, à Mareuil-sur-Ourcq, la D922 devient là D936, et ce n’est plus la même histoire.

"Départementale 922 - Hiver", huile sur toile, 40 x 50 cm, 2013

« Départementale 922 – Hiver », huile sur toile, 61 x 50 cm, 2013

Nous sommes toujours en Picardie, mais le terrain se fait plus capricieux. Des collines, des hauteurs, des virages – même plutôt serrés – au loin, on aperçoit même les silhouettes des éoliennes qui clignotent la nuit; des ruisseaux asséchés coupent les champs. Enfin, on arrive à La Ferté. Je n’ai plus besoin de chercher des analogies – je suis chez moi. Les odeurs sont les mêmes que dans le jardin de mes grand-parents, les ruelles pleines de ce gris élégant et très français. Le soir, les impasses ont l’air d’un décor de Simenon, mais les bulbes achetés chez la fleuriste de Ćmielów prennent sans problème dans le jardin d’ici.
Mais c’est un bon sujet pour un tout autre tableau.

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3-Polis. Trois lieux, trois souvenirs

"3-Polis I". Huile sur toile, 40 x 40 cm, 2013

« 3-Polis I ». Huile sur toile, 40 x 40 cm, 2013

"3-Polis II", Huile sur toile, 40 x 40 cm, 2013

« 3-Polis II », Huile sur toile, 40 x 40 cm, 2013

"3-Polis III", Huile sur toile, 40 x 40 cm, 2013

« 3-Polis III », Huile sur toile, 40 x 40 cm, 2013

Tout lieu et tout temps a ses couleurs. Chaque ville, bourg ou village prend des couleurs différentes dans les souvenirs que l’on en garde. Nous y avons vécu avec nos parents au milieu des rues et d’impasses qui étaient alors connues. Nous reconnaissions les bruits du matin et les odeurs de la nuit qui approchait sans même ouvrir les yeux. Après, nous partons. Nous donnons à ce nouveau lieu ses couleurs – nous y avons été jeune ; peut-être joyeux ou triste et angoissé. On l’a apprivoisé.

Après, nous changeons à nouveau de place. Des rues, des toits des maisons, des arbres sont devenus les nôtres.

Regardons maintenant ce que deviennent les lieux que nous avons connu auparavant. Ils deviennent semblables. Nous confondons les rues, parce que nous ne savons plus dans quelle ville elles étaient. Ce café où les glaces étaient si bonnes – elle était bien ailleurs. Ou cette maison en brique rouge – il n’y avait qu’une seule dans cette rue, mais nous nous en souvenons comme si elles avaient toutes eu des murs rouges. Ce qui reste, ce sont des couleurs. Et ce ne sont pas les vraies ; mais celles que nous avons donné à ces lieux.

Moi, je me souviens de Cracovie comme d’une ville faite de diverses teintes de gris ; enrichies par le vert des arbres du parc qui fait le tour de la vielle ville, ou alors de l’éclat de l’or et du rouge des feuilles en automne, et de la bande couleur acier de la Vistule, avec la silhouette toute en bosses du dragon au bord du quai.

Charlotte, l’amie de mon fils, a ramené de Cracovie le souvenir des murs en brique rouge, et du rouge comme couleur dominante.

Ćmielów, minuscule bourg où je suis née, a pour moi toutes les teintes de marron et des jaunes de miel. Sans doute est-ce à cause des caramels Krówki et de la bière bue avec mon père au bar Pod Gawrońcem(Au Corbeau freux). Et, bien sûr, des tournesols, dont on arrachait les fleurs qui piquaient et salissaient les doigts, pour en ronger les graines.

Des lieux qui ses suivent, des tâches de couleur dans mon souvenir, des étapes colorées de la vie.

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Il faut garder l’esprit serein pandant les travaux dans le jardin

"Il faut garder l'esprit serein pendant les travaux dans le jardin", peinture industrielle à l'huile sur planche de bois

« Il faut garder l’esprit serein pendant les travaux dans le jardin », peinture industrielle à l’huile sur planche de bois

Le printemps se sent dans l’air… C’est peut-être pour ça que je n’arrête pas de peindre: cela fait longtemps que je n’ai pas eu une période aussi active. Mais comme je profite de tout moment de bonne lumière (il faut dire que ma maison est un peu sombre) pour peindre, je prends du retard pour photographier mes tableaux ou écrire pour les blogs. En attendant, j’en profite pour présenter ce tableau dont je n’ai plus qu’une photo: il est parti pour Wrocław (ancienne Breslau, si vous préférez). Il est bien de circonstance. Je me rends aussi compte que j’ai évolué depuis 2005: lorsque je l’ai peint, j’étais en plein dans l’aménagement de mon troisième jardin, celui qui attend toujours sont tableau.

Je ne pense pas que ce soit un progrès technique, seulement, j’ai changé d’état d’esprit depuis. Peu importe, ce tableau (peint encore sur une planche de bois!) me rappelle quelques bons souvenirs – et le texte qui l’accompagne me fait toujours penser à ma sœur et son magnifique jardin.

Il faut garder l’esprit serein
pendant les travaux dans le jardin.
Il faut soigner les allées
et tondre régulièrement l’herbe,
il faut se procurer des bulbes
de préférence chez la voisine
et ne pas oublier,
que c’est formidable
de tondre
bêcher
bêcher
et tondre
sarcler
et balayer
tailler
et tondre
et ne pas oublier de garder
l’esprit serein
pendant les travaux dans le jardin.

Et voici le texte d’origine:

Należy zachować pogodę ducha
podczas prac w ogrodzie.

Należy dbać o ścieżki
i kosić regularnie,
cebulki należy zdobyć
od sąsiadki najlepiej
i pamiętać,
ze to wspaniale
tak kosić
wykopywać
wkopywać
i kosić
plewić
i zamiatać
przycinać
i kosić
i pamiętać żeby zachować
pogodę ducha
podczas prac w ogrodzie.

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Récupération

Un vrai tableau sérieux se doit d’être peint sur une toile. Bien sûr, cela peut aussi être du papier – si c’est une aquarelle (ou la gouache… mais ça ne fait déjà pas sérieux), ou un pastel. De préférence un papier spécial, acheté dans un magasin spécialisé en fournitures de beaux-arts, d’un grammage approprié. Pourquoi ? Parce que.

Évidemment, j’exagère – tout d’abord parce que chaque technique a ses exigences, si bien qu’il serait difficile de peindre à l’huile sur du papier parchemin (j’ai des vieilles réserves de ce genre de papier tout fin et transparent qui servait de papier-emballage à une époque – je ne sais même pas si on en fabrique encore), ou sur du buvard, alors que les peintures à l’eau de toute sorte tendent à couler sur du papier glacé.

En revanche le bois, auquel je ne trouve que des avantages, est encore associé à une sorte de joyeux folklore et reste peu accepté. Le contreplaqué ou la fibre de bois sont utilisées et même assez largement, mais la toile et le bon papier restent un gage de sérieux.

Je ne compte pas me lancer dans une croisade contre les techniques traditionnelles, je voudrais simplement parler de ma clé de choix entre les techniques et les supports.

Ce sont largement les questions que l’on m’a posées à propose de mes tableaux qui me donnent envie d’en parler :
« Pourquoi est-ce que vous utilisez des peintures de bâtiment ? »
« Pourquoi c’est peint sur une planche, ou quelque chose comme ça ? »
« Oh, c’est un jeu de puzzle, ça ? Mais peint par-dessus? »
Que voulez-vous que je réponde ? Que je peins avec des peintures de bâtiment parce qu’elles coûtent moins cher ? Sur des planches, parce que je n’ai plus de toiles ? Et sur un puzzle, parce que je n’avais plus de planches non plus ?

En réalité, la réponse est simple, et unique : je peins sur ce que réclame le tableau. Justement, réclame, il ne demande pas gentiment. Si j’ai en tête une idée, ce tableau que je conçois nécessite un format. Tout simplement, ce sera un grand tableau, ou un tout petit ? De la même façon, je vois bien s’il doit être plutôt vertical ou horizontal. Quel genre de peinture ? Ou alors, j’ai peut-être besoin d’en faire un collage ? Et, justement – sur quoi ? C’est ensuite qu’arrivent les esquisses, et à ce stade, le tableau futur commence à trouver ses couleurs.

Dans des articles précédents, j’ai parle de la façon dont me venaient les Arbres. Le Chat pour Charlotte a eu lui aussi ses exigences. Il lui a fallu quelque chose d’allongé – on sait bien à quel point un chat qui dort peut s’étendre – et de quelque chose de chaleureux, qui évoque un chez-soi : précisément ce que m’évoque le bois, une simple planche.

"Moi, de toute façon" (portrait de mon mari), peinture acrylique sur bois de récupération, format irrégulier, 2008

« Moi, de toute façon » (portrait de mon mari), peinture acrylique sur bois de récupération, format irrégulier, 2008

Le portrait de mon mari a son histoire. Il réclamait longtemps que je fasse un portrait de lui. Il a fallu qu’il insiste, il me le rappelait, il me flattait, en faisait des blagues… Il a fini par l’avoir, pour sa fête, alors qu’il n’y pensait plus. Je n’ai pas traîné autant pour l’embêter, simplement, je ne savais pas comment m’y prendre. Plutôt, je sais trop de mon mari pour que son portrait puisse me venir facilement. Je m’en suis tiré en allant plutôt dans le sens de l’humour. J’ai utilisé le bois. Du bois de chêne, d’une belle forme, comme si le morceau avait été découpé spécialement pour un portrait. J’ai trouvé ce magnifique objet en bois dans un débarras à outils où il s’était échoué après quelques travaux. C’était tout simplement un couvercle d’une lunette des toilettes. J’ai ajouté un poème gratis.

En réalité, j’avais déjà fait un portrait de mon mari. Mais c’était aussi un portrait de Jacques, et probablement de beaucoup d’autres personnes. Il a un titre très long : Un vieux monsieur solitaire volant des bonbons dans un tiroir vide de son propre vaisselier, et il est peint sur un jeu de puzzle. J’avais un jour acheté à une brocante deux de ces merveilles : des jeux de puzzle de je ne sais combien de milliers d’éléments, assemblés, collés sur du papier, et bien proprement encadrés dans un cadre de bois simple. J’ai appliqué une couche de fond de gesso dilué, pour laisser voir la texture. Ce jeu complexe est après tout un excellent complément de ce qui se passe sur le tableau.

"Vieux monsieur solitaire volant des bonbons dans un tiroir vide de son propre vaisselier", peinture acrylique sur un jeu de puzzle, 2006

« Vieux monsieur solitaire volant des bonbons dans un tiroir vide de son propre vaisselier », peinture acrylique sur un jeu de puzzle, 2006

Pendant quelques années, j’ai fait de la décoration d’intérieur : en Pologne, puis déjà en France. C’est à cette époque que j’ai définitivement pris goût à la recherche de matériaux et supports divers, de récupération, dont les tableaux s’accommodent très bien et dont ils sont enrichis.

J’ai peint sur des portes des pièces et des meubles, dans des niches étranges ou sur des vitres. Ce goût des portes de toute sorte, je l’ai gardé. Des portes de vieilles armoires, des placards de cuisine passés de mode, devants des tiroirs ont des dimensions et des formats bien à eux, plutôt étranges pour des tableaux. Elles ont en plus touts ces cadres, plinthes, moulures, parfois des trous laissés par des clous, des poignées rouillées, des gonds cassés. Tout cela apporte son lot d’histoire à celle que le tableau raconte. Si je cherche à peindre quelque chose d’intime, chaleureux, personnel, qui évoque un chez soi – je prendrais peut-être un élément d’un meuble mis au rebut plutôt qu’une toile, plus froide et anonyme.

C’est bien de cette façon-là que j’ai traité la série des Jardins. À présent, j’ai trois tableaux sur les quatre prévus. Pour le premier et le quatrième de la série, j’ai trouvé des morceaux de contreplaqué issus d’un meuble, avec des « cadres », plus fins, autour. C’étaient vraisemblablement les parois latérales de quelque placard ou commode. Mon deuxième jardin, très important pour moi, mais qui s’éloigne de plus en plus, un jardin qui a une place à part dans mon histoire personnelle et celle de mes jardins, méritait un solide et lourd panneau issu d’une porte. Grâce à ce support, il est doté d’un cadre propre, couvert d’une peinture (évidemment!) dorée. C’est Mon troisième jardin qui attend toujours son tour – justement parce que je n’arrive toujours pas à bien le définir. Je n’arrive pas à lui trouver une place dans mes souvenirs, du coup, je ne sais pas encore sur quoi le peindre. C’était mon jardin, bien à moi, pendant quelques années, mais pendant tout ce temps, quelque chose en lui me repoussait, il était grand et beau, et offrait le repos, mais manquait d’intimité. Il faudrait peut-être du contreplaqué ? Simple, proprement découpé, mais d’un format assez large ? Ou alors, un panneau de fibre de bois, avec sa texture chaude ? Après tout, il s’y est passé bien de choses agréables. Mais ce ne sera pas la toile – cette histoire-là fait partie des thèmes intimes, et le support doit compléter le contenu.

C’est bien de cette façon-là que cela se passe. Je cherche le bon matériau, celui qui me semble correspondre le mieux avec le sujet du tableau. Après, cela va vite.

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Après l’expo: quelques réactions

"La Fille à la fenêtre". Peinture acrylique sur carton de récupération, 2005

« La Fille à la fenêtre ». Peinture acrylique sur carton de récupération, 2005

J’ai encore pris un peu trop de temps pour mettre en forme la suite des impressions de l’exposition: en réalité, j’ai beaucoup de mal à écrire et peindre en même temps – je fais soit l’un soit l’autre…

Pour commencer, voici le tableau qui a fait dire au monsieur dont j’ai parlé la dernière fois que je devrais m’inscrire dans un atelier pour apprendre à peindre. Accessoirement, il s’agit du tableau qui a servi pour l’affiche de l’exposition au château du Colombier à Saint-Malo en octobre dernier…

Le vernissage de l’exposition était prévu pour le samedi soir et, comme prévu, il a attiré pas mal de monde. J’ai bien entendu plusieurs fois qu’avant, c’était mieux : je ne peux pas vraiment comparer, mais cela ne me paraît pas improbable, ne serait-ce que parce que, si un journaliste de la division locale de L’Union est passé, personne ne s’est déplacé de la mairie, ni le maire en personne, ni un conseiller ou conseillère municipal(e). Comme les exposants étaient plutôt nombreux, personne ne s’attendait à ce que les peintres prennent la parole – c’est l’organisateur qui s’est chargé de souhaiter la bienvenue aux visiteurs. C’est devant les tableaux que les spectateurs pouvaient discuter avec les auteurs. J’ai pu discuter du contenu de mes tableaux, mais aussi de mes origines : les questions sur mes racines ont été inévitables, d’autant plus qu’une dame a remarqué une inscription en polonais sur Tout ce que tu as déjà vu auparavant. Nous allons essayer de nous retrouver pour discuter et s’entraîner : elle a des origines polonaises et une famille en Pologne qu’elle va peut-être (j’espère!) pouvoir épater grâce à moi avec la nouvelle connaissance de quelques tournures.

Mais ce que j’ai vraiment aimé, c’étaient des questions sur les tableaux : sur leur sujet, le contenu, plus rarement la technique. Certains étaient intrigués, d’autres – agacés.

"Pour éclaircir 2". Huile sur toile, 2012

« Pour éclaircir 2 ». Huile sur toile, 2012

Le tableau à l’acrylique sur toile intitulé Pour éclaircir II a agacé une dame bien à cheval sur ses principes, qui exigeait des explications.
-Mais qu’est-ce que c’est, au juste ?
J’essayais d’expliquer que le titre du tableau contient l’idée d’éclaircir : comme dans le titre, j’essaye d’éclaircir par des tons clairs et froids un noyau sombre…
-Oui, mais qu’est-ce que c’est ? Une cheminée ?
-Non, c’est simplement le centre du tableau, sombre et aspirant tout, peut-être mon…
-Alors qu’est-ce que c’est, une télé ?
Un soupir de mépris de la dame a coupé court à la discussion : je butais sur le besoin inconditionnel de voir représentée sur un tableau une chose concrète, et de préférence, jolie.

"Ce n'est rien", huile sur toile, 2012

« Ce n’est rien », huile sur toile, 2012

Mais l’anecdote que j’ai le plus de plaisir à rappeler, c’est bien la réaction d’une dame sensible qui, considérant le tableau Ce n’est rien, s’est écriée spontanément :
-Mais quel truc cauchemardesque !
Malheureusement, ses amies embarrassées l’ont très vite éloignée de moi, pour lui rappeler à voix basse que l’auteur du tableau était juste à côté et entend tout, si bien que je n’ai pas eu temps de lui dire que j’étais parfaitement d’accord et que je trouvais son opinion tout à fait juste. C’est bien cauchemardesque et c’est censé être tel, tout comme le poème qui l’accompagne.

Le même tableau a été interprété par d’autres spectatrices :
-Ah, c’est sans doute le Christ.
-Le Christ ? Mais non, pourquoi ? C’est ce que vous y voyez ?
-Eh bien ? Mais vous êtes polonaise ?
Ah oui, en effet, je le suis.

Je suis aussi bien contente de cette exposition. Il est vrai que sur les onze exposants, un seul tableau a été vendu : une petite scène bucolique représentant des chevaux au galop sur un pré, vendu par un monsieur venu de Soissons qui a eu un certain succès grâce à son offre de peindre des portraits d’après une photo fournie par le client. Mais l’aspect commercial est secondaire : j’ai fait une expérience et j’ai rencontré des gens. J’ai pu observer les artistes et les spectateurs, j’ai appris l’existence d’une plutôt importante activité des artistes amateurs et savoir quelque chose du rythme – soutenu – des expositions. Le plus important, c’est que le bourg endormi de La Ferté-Milon a bien une vie interne où l’art trouve une place non négligeable.

Pour finir, je voudrais vous parler de ma découverte de cette exposition : madame Michèle Neveux et ses aquarelles que je trouve excellentes. Mûres, réfléchies, et très justes au niveau des couleurs… je regrette seulement que les photos que j’en ai fait ne soient pas meilleures, mais les reflets dans les vitres, l’éclairage artificiel et la circulation des visiteurs dans une salle plutôt petite ne permettait pas vraiment de faire mieux.

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